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Solistes de l’Ensemble InterContemporain, perspectives viennoises

Le concert donné par les solistes de l’Ensemble Intercontemporain « en petit comité » sur la scène de l’Auditorium du Musée d’Orsay, ce jeudi 10 Mai, venait clôturer le cycle Brahms/Fauré par un regard sur le langage musical viennois, Arnold Schoenberg et sa Suite opus 29 servant de « passage » entre Brahms et la jeune génération autrichienne représentée ce soir par Olga Neuwirth et Beat Furrer.

Dans Retour an dich, Beat Furrer entretient un discours au bord du silence, confrontant la fragilité du son des deux cordes aux allures furtives et agitées à l’inertie des notes du piano ; Retour an dich est une réflexion sur l’autre et sur soi-même » nous dit le compositeur, une pièce introspective dans l’esprit de la cavatine beethovénienne dont les trois interprètes nous communiquent la sensibilité à fleur d’émotion.

Plus démonstrative, Ondate II d’Olga Neuwirtz met à l’épreuve deux clarinettes basses – celle de Jérôme Comte et d’Alain Billard – dans la manière heurtée et l’énergie corrosive familières à la compositrice. L’œuvre est inspirée par les « Fondamenta degli incurabili » (Quai des incurables), un hommage de Joseph Brodsky à Venise : une pièce très concise et tout en contrastes, suscitant différents états de mouvements et de sonorités en rapport avec des images dont Olga Neuwirth semble suivre la logique narrative.

Dans sa série des « Assonances », le compositeur suisse Michael Jarrell propose des associations particulières d’instruments dont les combinaisons de timbres varient « aux limites du semblable et du différent ». Prolongeant les premières Assonances, véritables cahiers d’esquisses du compositeur, Assonance III pour clarinette basse, violoncelle et piano juxtapose gestes instrumentaux et parenthèses suspensives, des instants de jubilation sonore alternant avec des plages d’une transparence diaphane dans un travail sur le son et ses métamorphoses multiples, que les instrumentistes de l’Intercontemporain déclinent avec virtuosité.

Rares sont les ensembles qui se risquent à l’interprétation des œuvres dodécaphoniques de Schœnberg, tant l’écriture y est dense et exigeante. Le maître viennois opte en effet pour la rigueur et la concision formelle sans renoncer aux audaces sonores dans la Suite opus 29 pour trois clarinettes, trois cordes et piano, qui semble rendre un hommage explicite à Brahms dans son troisième mouvement Thema mit Variationen. Mais Schœnberg » tord le coup à l’expression » dans ces quatre mouvements inspirés du modèle baroque et affirme une insolente modernité avec l’humour et la désinvolture d’un créateur en pleine possession de son langage : c’est ce qui ressortait de la lumineuse interprétation donnée ce soir par les membres de l’Ensemble Intercontemporain.

Crédit photographique : © Aymeric Warmé-Janville

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