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Alain Planès : Bagatelles oui, mais grand piano !

Petit théâtre par la taille, petites pièces par leur dimension, mais grand piano par l’interprétation d’. Ce concert était en effet consacré à des Bagatelles de Beethoven et Bartòk, complétées par la transcription de la Suite de danses Sz. 77. En tout, trente trois pièces pour piano. Couplage néanmoins remarquablement pertinent car les points communs entre ces différents cycles, malgré une distance temporelle de près d’un siècle, sont nombreux. Beethoven et Bartòk ont peut être été les compositeurs les plus importants de leur époque et tous deux furent de grands pianistes, interprètes de leurs propres œuvres. Dans les deux cas, a choisi une œuvre de début de carrière (op. 33 de 1802 et Sz. 38 de 1908), suivie par une œuvre de maturité (op. 126 de 1823, donc postérieure à la Sonate n°32, Sz. 77 de 1923 transcrite pour le piano en 1924-1925).

Jouées dans l’ordre chronologique, ce sont donc les 7 Bagatelles qui ouvrent le concert. Si le style Beethovénien a beaucoup évolué dans le temps, créant un écart important entre les premières et dernières sonates pour piano, il reste certes le même genre de différence, mais moins marqué, entre les deux cycles de Bagatelles. Alain Planès nous en a donné ce soir une interprétation qui se caractérise d’abord par l’évidence du style et le naturel des phrasés. A aucun moment nous nous sommes dit qu’on pouvait faire ça mieux ou autrement, non, cela s’imposait comme « évident » ; fausse évidence bien sûr puisque d’autres solutions sont forcément possibles, mais c’est bien là la qualité fondamentale d’une interprétation que de s’imposer sur le moment comme étant la bonne, celle coulant de source. Rien ne manquait donc à l’appel, ni la douceur du toucher ni la « force de frappe », les tempi choisis, toujours excellents, permettaient à chaque bagatelle de s’épanouir tout en variant l’expression entre chacune d’elles, avec une couleur de piano toujours prenante.

Toute qualité retrouvée intégralement dans les deux cycles Bartòk, avec une virtuosité encore plus poussée, une dynamique pianistique encore plus étendue, mais toujours cette « évidence » interprétative qui fait qu’on est conquis du début à la fin. Dans la Suite de danses Alain Planès a su colorer son piano de façon à faire oublier l’orchestre, transformant cette suite en une vraie et authentique œuvre pour piano.

Ajoutons que la dimension de la salle, alliée à la proximité de l’instrument, nous a fait profiter à fond de toutes les nuances de couleur et de dynamique, chose toujours essentielle, mais a fortiori irremplaçable dans Beethoven et Bartòk. Un grand bravo donc à Alain Planès et un bonnet d’âne aux deux spectatrices qui, malgré les rappels d’usage, ont laissé leur téléphone sonner, obligeant le pianiste à s’interrompre.

Crédit photographique : © DR

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