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Aida par Nina Stemme, l’Ethiopienne qui venait du froid

La raison de la parution de ce double DVD est la prise de rôle d’Aida par , bonne occasion de se démarquer dans une vidéographie déjà bien remplie.

L’opéra de Zurich a fait appel au metteur en scène Nicolas Joël, qui choisit de replacer l’action à l’époque de l’inauguration du Canal de Suez. Cela nous vaut une réalisation très esthétique, avec des décors splendides (Ezio Frigerio) et des costumes plutôt jolis () à l’exception de ceux de la pauvre Amnéris, ses chapeaux et vertugadins faisant immanquablement penser à la méchante sœur de Cendrillon.

Cela nous évite surtout les horreurs d’une production traditionnelle, sphinx en carton-pâte et hommes d’arme en jupettes, le triomphe de Radamès devenant ainsi une parade de dames patronnesses examinant avec curiosité des indigènes en cage. a de cette façon tenté de replacer Aida dans le contexte de sa création, de lui « redonner sa signification de drame bourgeois et exotique ». Pourquoi pas ? Nul doute cependant que ceux qui ont vu la représentation sur scène ont dû trouver la direction d’acteur sommaire, et l’ensemble bien statique. Cependant au DVD, cet écueil est contourné par la réalisation inventive de Andy Sommer, qui multiplie les angles de vue originaux au lieu de nous infliger d’innombrables gros plans sur la glotte des chanteurs, et joue de l’incrustation de plusieurs images sur le même écran. Ainsi, quand un ténor un peu enrobé déclame la main sur le cœur, nous est-il loisible de nous intéresser à autre chose.

La transposition de l’action au XIXe siècle a aussi l’avantage de nous montrer une Aida métisse, et la peau à peine teintée faisant ressortir le vert de ses yeux, les cheveux tout juste ondulés, que est belle ! On pouvait craindre, pour cette Brünnhilde, cette Isolde, une froideur nordique, un manque d’italianita criant. Il n’en est rien. La soprano ne fait qu’une bouchée des difficultés techniques du rôle, ne montre aucun effort, et s’applique avec une facilité déconcertante à dessiner une Aida à la fois intense et délicate, véritablement ressentie de l’intérieur. Splendide, vraiment.

effraie à son entrée : large vibrato, disparité des registres, on pense au premier abord qu’elle commence à accuser les effets d’une longue carrière, mais la voix se chauffant petit à petit, la mezzo retrouve toute sa gloire, et prouve qu’elle possède tous les moyens d’une belle Amneris. truque comme à son habitude pour se hisser à la hauteur d’un rôle qui n’est pas dans ses moyens. Pas de nuances, aigus tirés ou poussés, interprétation monochrome… On peut cependant se laisser prendre à son timbre et à ses habiles tricheries, de toutes façons, il n’existe pas actuellement de meilleur Radames sur les scènes lyriques, et faute de grives… L’acteur est de plus pataud, et le combat avec Amonasro pour lui arracher son poignard est assez croquignolet… fait du , c’est à dire qu’il aboie en mesure. fait ce qu’il peut du rôle pas vraiment passionnant de Ramfis. Jolie prêtresse de .

On a lu, ça ou là, pis que pendre de la direction d’, qui nous a pourtant paru tout à fait idiomatique. Le corps de ballet, en revanche, manque cruellement de légèreté. Bref, pour Nina Stemme, pour les jolis décors, ce DVD, même s’il est loin de constituer une référence, est tout à fait recommandable. Est, ou serait ? C’est une question de prix. L’éditeur a en effet jugé bon de reporter sur deux DVD ce qui tiendrait aisément en un seul, en y adjoignant une interview du réalisateur Andy Sommer et un documentaire d’une cinquantaine de minutes gentiment décousu, ni meilleur ni plus mauvais qu’un autre, qu’en tout état de cause on ne regardera pas plus d’une seule fois, et dont on aurait pu faire l’économie.

Les lecteurs de la plaquette d’accompagnement apprendront que Selika de L’Africaine s’est empoisonnée à la camomille (il a dû en falloir beaucoup !) et qu’Amnéris déclare sa passion à Aida (Verdi, premier animateur de la gay pride ?).

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