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Bach : Enterrement de première classe par Philippe Pierlot

À côté des « monuments » que constituent les deux Passions, la Messe en si et quelques cantates très connues, la musique sacrée de Jean Sébastien Bach recèle d’autres trésors moins courus comme les motets (d’accès assez difficile), les quatre messes « luthériennes » et d’autres œuvres apparentées au corpus des cantates. La Messe en la majeur BWV 234 fait partie de ces musiques injustement un peu moins célèbres. Comme ses trois sœurs, elle n’est formée que d’un Kyrie et d’un Gloria et est donc raccourcie selon la typologie catholique, ce qui lui vaut la qualification de « luthérienne ». La distribution comporte un chœur à quatre voix, deux traversos, des cordes et la basse continue. Il s’agit d’un arrangement par Bach d’extraits d’œuvres antérieures (cantates 67, 79, 136 et 179) augmenté de quelques pièces originales. C’est une musique élégante, tout enveloppée d’une certaine douceur apportée en grande partie par l’accompagnement des flûtes. Un numéro retient particulièrement l’attention : le Qui tollis pour soprano, flûtes et cordes – sans la basse continue – qui est de la même classe que l’air « Aus Liebe will mein Heiland sterben » de la Passion selon Saint Matthieu, écrit également pour soprano, mais avec une flûte et deux hautbois da caccia. On assiste là à un véritable moment de grâce : plus de six minutes pendant lesquelles le temps est véritablement suspendu.

L’autre gros morceau est ce que Bach a intitulé Tombeau de Sa Majesté la Reine de Pologne mais qui est plus connu sous l’intitulé TrauerOde (ode funèbre) ou bien même Cantate n°198. Cette œuvre a été jouée en octobre 1727 à l’occasion d’une cérémonie organisée à l’Université de Leipzig à l’occasion de la disparition de l’épouse de l’Électeur de Saxe, la princesse Christiane Eberhardine de Brandebourg-Bayreuth. Cette œuvre bénéficie d’une instrumentation remarquable : deux traversos, deux hautbois d’amour, deux violes de gambes, deux luths, les cordes et le continuo. Les dix numéros sont aussi bons que ceux que l’on peut trouver dans les Passions, avec une mention spéciale pour le splendide chœur d’ouverture, « Laß, Fürstin », qui est de toute beauté. Bach fut d’ailleurs tellement content de sa musique qu’il la réutilisa dans une Passion selon Saint Marc, aujourd’hui perdue.

L’interprétation et de la Messe et du Tombeau est tout bonnement magnifique, ayant choisi l’optique désormais assez courante de ne faire chanter les parties chorales que par des solistes : un par voix ; c’est tout et ça suffit. Les quatre artistes remplissent parfaitement leur rôle, aussi bien dans les chœurs que dans les arie, impeccablement soutenus par les musiciens du . Ça joue et chante juste, les tempi et nuances sont idéaux, c’est intelligent, ça sonne et c’est bien enregistré. Bref : c’est beau et c’est pour l’instant le plus beau disque de musique sacrée de Bach qu’il nous ait été donné d’écouter cette année.

Critique subjective ? Peut-être ; mais écoutez donc ce disque et on en reparlera…