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Guillaume de Machaut, « mondain dieu d’harmonie »

Charles d’Evreux, proclamé roi de Navarre à l’âge de 17 ans sous le nom de Charles II dit «le mauvais» fut le second protecteur de à une époque où le poète-musicien jouissait déjà d’un grand prestige. Ici lui est consacré un enregistrement d’une œuvre polyphonique qui combine les formes musicales anciennes (le lai, le plaint ou la chanson royale) avec des formes plus récentes (ballades, rondeaux, virelais) ; qui fait entendre des chants suaves quasi-cristallins ; qui se donne pour objectif de déclamer le discours plaintif de l’amour. Il s’agit d’un texte narratif, un «dit», qui répond à un texte antérieur du poète, Le jugement du Roi de Bohême. La notice précise : «La question posée est la suivante : d’une dame dont l’amant est mort et d’un chevalier trahi par son amie, quel est le plus malheureux ?» La tradition des trouvères du XIIe siècle n’est pas forcément loin ; forme profane de «la chanson balladée» – terme usité par Machaut –, qui hésite entre une exquise mélodie uniquement chantée et une danse joyeuse servie par le rythme instrumental !

Dans une telle perspective de l’union entre la poésie et la musique, articule art ancien et art nouveau, «ars antiqua» et «ars nova», «vielle et nouvelle forge» selon sa propre formule. Son disciple Eustache Deschamps dira de lui : «noble poète et faiseur renommé», plus grand qu’Ovide, de la ligne d’Orphée. En effet, comme Orphée, est pleinement un poète-musicien, «un mondain dieu d’harmonie», souligne la notice.

En tout état de cause, tout du long de cette œuvre du XIVe siècle, le texte se met au service de la musique – un brin monumentale, un brin gothique ! – et ce spectacle, que l’on pourrait croire désuet de prime abord, nous transporte.