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The rape of Lucretia par l’Atelier lyrique de l’Opéra de Paris

Pour la deuxième fois de la saison, les chanteurs de l’ de l’Opéra de Paris ont eu l’occasion de fouler les planches d’une scène parisienne. Après une soirée consacrée à Massenet, Ambroise Thomas et Charles Gounod qui nous avait laissée assez dubitative sur les qualités intrinsèques de ces jeunes voix, place à et au Viol de Lucrèce.

Le choix est judicieux, puisque l’œuvre est le premier essai du compositeur dans le domaine de l’opéra de chambre : un orchestre allégé, mais un sujet ambitieux, un nombre de personnages suffisamment important (huit) et aux rôles assez étoffés pour pouvoir procéder à une distribution équitable au sein de la troupe, avec de plus un système d’alternance par soirée, permettent à chacun de montrer l’étendue de ses possibilités. Et le résultat est largement plus probant que lors du concert antérieur. Ce qui nous ramène malgré tout à notre interrogation précédente : pourquoi ces chanteurs, inscrits dans une école prestigieuse à Paris, sont-ils incapables de maîtriser les bases du style, bien caractéristique, de l’école française ? Désintérêt, méconnaissance, à la fois d’eux et de leurs professeurs ? Quel avenir dans ce cas pour ce merveilleux répertoire ? Reconnaissons également que même si la diction anglaise de ces jeunes gens est meilleure que leur déclamation française, elle n’est pas encore parfaite, loin de là.

On retrouve lors de la soirée ceux que l’on avait déjà entendus, et puis quelques nouvelles découvertes, comme , ravissant soprano à la voix ferme, aux aigus bien menés, , très impliquée en chœur féminin, mais à la voix un peu dure, et Bartlomej Misiuda, excellent Tarquinius, baryton à l’autorité scénique et vocale déjà bien assise. De bonnes surprises, avec le beau Collatinus émouvant de , le chœur masculin de Johannes Weiss, au timbre de ténor pas franchement séduisant mais au style et à la présence indiscutable, et le mezzo profond, profond, d’. Légère déception à l’écoute de , un peu pâle, qui nous avait semblé un des éléments les plus intéressants la fois précédente. Aléa des impressions du critique ! Il nous faut préciser que Lucrèce est un personnage uniformément dolent, au premier acte de l’éloignement de son époux, au deuxième du fameux viol, mais il nous semble cependant qu’un rôle créé par rien moins que Kathleen Ferrier nécessite plus que ce qui nous a été offert. Le seul sur lequel on ne change pas d’avis, et on s’excuse d’avance de cette sévérité envers un si jeune artiste, est le baryton Vladimir Kapshuk, qui dans le répertoire français nous avait fait penser à dans son interprétation du diable du Faust de Gounod (ce n’est pas un compliment) et qui, s’il semble moins pâteux cette fois, possède d’étranges trous dans la voix, certaines notes totalement inaudibles.

Les décors de Laurent Peduzzi sont minimalistes et fonctionnels : une paroi tournante permettant de délimiter les lieux, quelques accessoires. Les costumes de Nathalie Prats nous ramènent à l’époque de la création, 1946, fin d’une période de guerre qui marqua durablement , et qui pourrait effectivement avoir inspiré ce Viol de Lucrèce, lui aussi situé à la fin d’une guerre et de ses dommages collatéraux. Si l’uniforme sied mieux à ces messieurs que les jupettes et les jambières de l’époque romaine, reconnaissons que les tuniques et les voiles auraient mieux convenu à ces dames que les tailleurs austères des engagées volontaires de l’armée anglaise. Stephen Taylor ne lâche pas un seul instant ses poulains dans une direction d’acteurs très précise, leur permettant de se rassurer et d’être crédible tout au long de la soirée, Neil Beardmore à la tête de l’ensemble de Basse-Normandie faisant preuve de moins d’égards.

Crédit photographique : (Tarquinius) et (Lucrèce) ; (Lucia) (Lucrèce) et (Bianca) © Cosimo Mirco Magliocca