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Mendelssohn à Chicoutimi

Nous nous souvenons avoir été littéralement enthousiasmés par la découverte de l’œuvre intégrale pour quatuor à cordes de -Bartholdy dans l’interprétation insurpassable du Quatuor Artis (Accord, 1988-89). Alors, l’arrivée récente du Quatuor Alcan va-t-elle bouleverser la donne ?

Cet ensemble canadien de premier plan impose progressivement sa marque sur les partitions qu’il aborde depuis 1989, date de sa création à Chicoutimi (Québec). Son interprétation du Quatuor n° 6 en fa mineur sous-titré «Requiem pour Fanny», œuvre achevée en septembre 1847 sous l’effet de la douleur indicible ressentie après la disparition de la sœur aimée du jeune maître, manifeste beaucoup d’élégance et d’empathie.

Mendelssohn n’avait plus que quelques semaines à vivre et manifestement subissait un état dépressif intense. L’Adagio, recueilli et grave, porte et véhicule naturellement toute sa souffrance et son désespoir. Les autres mouvements, des allegros, se hissent à un niveau de tension, de fébrilité et d’expression unique. Si la réponse à la question posée s’avère négative in fine, il n’empêche que la discographie mendelssohnienne s’enrichit d’un apport en tout point remarquable et hautement recommandable.

L’enregistrement (le Quatuor Alcan reçoit pour l’occasion le renfort d’un deuxième alto) du très beau Quintette n° 2 en si bémol majeur, légèrement antérieur, puisque datant de 1845, rend compte d’un état d’esprit bien différent. Mendelssohn s’y monte virtuose, souple, élégant et digne continuateur de Mozart. Et, au-delà, de Jean-Sébastien Bach dont on sait combien il le vénérait. Les interprètes canadiens déploient beaucoup de subtilité et d’allant. Ils convainquent l’auditeur sans tarder et ne méritent aucun grief grâce à l’unité et à la cohérence de leur formation, au tissage naturel des lignes instrumentales, preuve tangible d’un métier et d’un savoir-faire éminents.

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