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Arc-en-Cello !

Festival Pablo Casals de Prades 2007

Retenu par on ne sait quel impératif professionnel, ce n’était pas l’archet de que nous retrouvions ce soir ni le programme de Pablo Casals à Moscou tel qu’il avait été annoncé ; mais les passionnés de violoncelle n’y perdaient pas au change puisque l’esprit du Maître habitait la vaste nef de Saint-Michel-de-Cuxa avec le répertoire des grandes sonates écrites pour le violoncelle conviant trois artistes de renom tous accompagnés par l’éminent pianiste belge .

Jouant un Goffriller de 1717, la violoncelliste belge débute l’Allegro agitato de la Sonate de Grieg avec une énergie débordante trahissant peut-être un surcroît de « pression » – il ne doit pas être si facile de se produire sur une scène aussi prestigieuse – ; très impliquée dans son interprétation – presque trop ! – la violoncelliste déploie un jeu dont l’envergure gestuelle verse rapidement dans l’excès au regard d’une musique qui somme toute « ronronne » tranquillement dans « son arbre généalogique ». Davantage axée sur le relief rythmique et la saveur des couleurs du terroir, l’écriture de la Sonate de Grieg s’enlise vite dans les répétitions et manque de souffle dans l’inspiration. Si le jeu très théâtral de la violoncelliste ne manque pas de capter l’attention, ses élans compassés souvent au détriment du style et d’une sonorité peu contrôlée – qui n’évite pas les duretés – desservent la musique et l’équilibre avec un partenaire, à l’écoute certes, mais assez peu rayonnant.

On retrouvait le jeu pianistique très volubile mais un peu noyé de pédale de dans la Sonate de Chopin qu’ aborde avec un archet souverain et une homogénéité de son qui laisse s’épanouir le discours généreux du premier mouvement. Cet éminent artiste finlandais invité chaque année à l’Académie de Prades donne ici toute la mesure de son art en prodiguant un son lumineux d’une belle envergure sonore inquiétée parfois par le flot pianistique qui semble « filtrer » les sons graves de l’instrument. Le superbe Trio du Scherzo fait chanter le violoncelle plus encore que le Largo suivant où développe les ressources d’un vibrato intense et raffiné. Plus conventionnel mais très rassembleur, le dernier mouvement assure un final rebondissant où convergent les énergies des deux partenaires dans un duo parfaitement synchrone.

Le répertoire des grandes sonates ne pouvait exclure celle de Rachmaninov qui allait nous immerger dans l’univers post-romantique grâce au talent généreux mais toujours parfaitement mesuré de cet immense musicien qu’est , donnant ce soir à ce chant de l’âme sa véritable perspective. Exigeant de la part de son partenaire une gamme de nuances variées à l’infini, tire les richesses d’une écriture somme toute assez lapidaire – avec de belles fulgurances cependant – en lui insufflant une énergie et une variété de couleurs qui captivent l’audition. Percussif et démoniaque dans le scherzando du second mouvement où le jeu de l’archet devient spectaculaire, son violoncelle emprunte aux registres de la voix, tour à tour baryton basse, vibrant et coloré, puis ténor plus léger et lumineux pour chanter le célèbre Andante laissant l’imagination de l’interprète totalement souveraine. C’est ce feu ardent et souterrain qui nourrit le jeu de cet artiste si personnel et visionnaire dont la technique totalement éprouvée permet, et avec quel éclat, de faire jaillir la musique

Crédit photographique : © Eric Manas