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Buxtehude par Koopman

L’année nous apporte son lot de trésors : a décidé de nous livrer toute l’œuvre de ce géant du baroque, qui impressionna le jeune Bach. Après deux premiers volumes très remarqués dans cet « Opera Omnia » (40 CDs) avec l’oratorio « le Jugement dernier » et l’œuvre pour clavecin, voici qu’il s’attaque à son instrument favori, l’orgue, avec deux premiers CDs (il y en aura six) enregistrés sur deux célébrités historiques du XVIIe siècle.

Autant le dire tout de suite, cette nouvelle version se démarque de tout ce qui existait jusqu’ici, c’est dire l’évènement que cela représente pour la discographie buxtehudienne : Nous sommes dans le baroque pur et dur, le « stylus phantasticus » poussé dans ses derniers retranchements. Déjà voici plus de douze ans, nous avions eu un avant goût de sa vision avec un CD Novalis enregistré à Norden, et déjà très « décoiffant ». Ici, les tempi sont rapides, l’articulation est éclatante, grâce aux doigtés anciens relevés dans les traités.

Dans une discographie déjà extrêmement riche (Saorgin, Chapuis, Vogel, Ablitzer, ou Foccroulle pour ne citer que les plus grands) cette version se place donc au plus haut niveau. La présentation des CDs est remarquable par son iconographie, les prises de son rapprochées en adéquation totale avec la musique et les acoustiques courtes des lieux, les sonorités des orgues, brutes, franches et colorées. Ces deux orgues déjà très connus et enregistrés, ont bénéficié de restaurations récentes par le grand facteur Jürgen Ahrend, ce qui font de ces orgues les meilleurs choix dans ce répertoire (ce qui n’a pas toujours été le cas dans d’autres versions). Le jeu de , égal à lui-même, est électrique, fougueux, passionné, fort, sans aucune concession à tout maniérisme ou épanchement déplacé dans un tel discours : tout y respire la joie, l’humour aussi, mais aussi le recueillement, présent dans les chorals. Le programme de chaque CD est composé comme au concert, d’une alternance de formes utilisées par l’auteur (préludes et fugues, canzone, toccatas, chorals de toutes sortes). Ainsi, l’auditeur est capté, captivé même, et s’abreuve d’un miel savoureux, sans lâcher prise. Une approche de Buxtehude dont on ne sort pas indemne, mais que tout mélomane se doit de découvrir. Chapeau bas, cher Ton ; donnez-nous vite la suite…

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