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O fröhliche Stunden : humanisme radieux de la musique

En voyant ce disque, certains diront : encore un Buxtehude ! Mais non, surtout pas, car le tricentenaire de sa mort aura peut-être permis d’effacer un peu l’oubli plus qu’injuste dans lequel il tomba, nous ramenant ainsi à la lumière une musique dont la splendeur et l’humanisme sont porteurs d’une radieuse sérénité.

nous permet d’entendre ici des œuvres vocales, concerts et airs spirituels, issus de cette époque heureuse, où les princes catholiques et les riches bourgeois protestants, permettaient à des artistes d’enchanter les cours d’Europe, les temples et les églises, et où la musique faisait partie de la vie domestique et quotidienne en expérimentant toutes ses possibilités.

Ces œuvres vocales nous sont parvenues grâce à une collection de manuscrits réalisés par un ami de Buxtehude, Gustav Düben, Hofkapellmeister et organiste de l’église protestante de Stockholm. Œuvres données à l’occasion de concerts dans des églises, en dehors du contexte liturgique, à la demande de riches marchands de Lübeck afin d’offrir à la ville une vie musicale, leur réputation conduisit Bach à faire 300 kilomètres pour les entendre.

Ces pièces sont un enchantement. les interprète avec tant de chaleur, de somptueuses dextérités, d’une voix si expressive, aux aigus comme au grave parfaitement maîtrisés, que les textes prennent tout leur sens.

Plaisir sensuel d’un amour divin, paix intérieure, bonheur sans fin dans la poésie du monde. Comment ne pas être sensible à ce paysage décrit par Saint Augustin dans Quemadmodum desiderat cervus ? Comment ne pas voir ce « cerf qui soupire » et entendre courir joyeusement « les eaux courantes » et » les ondes vives », dans ce dialogue entre voix et instruments ? C’est un bienfaisant sentiment de plénitude à travers la musique de Buxtehude qui nous est offert ici par des interprètes inspirés ; les instrumentistes chantant admirablement la jubilation exprimée par ces œuvres, véritables voix humaines (voire quasi célestes), tel ce violon dans Singet dem Herrn ou plus encore cette harpe et ce cornet à bouquin dans Herr, wenn ich nur dich habe qui nous étreignent par l’émotion qu’ils suscitent. N’oublions pas enfin l’admirable livret, joyau au service de la musique.

Ce disque n’est pas un énième Buxtehude, il est tout simplement unique et fait naître l’espoir – et l’envie – d’avoir encore à découvrir d’autres splendeurs de ce compositeur.

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