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Evgueni Kissin, l’art du clair obscur ?

Evènement chez EMI avec le premier disque du virtuose  pour le label rouge ; le commentateur peut se réjouir de retrouver dans un programme de concertos l’un des phares de la scène musicale actuelle, capable de remplir les plus grandes salles du monde ; mais ces retrouvailles sonnent un peu amèrement.

Incontestablement, Kissin est un immense pianiste, mais sa sensibilité semble très éloignée de la subtilité mozartienne. Dans le concerto n°24, son toucher se fait sombre, parfois massif mais sans atteindre la gravité d’un Brendel dans cette partition à la luminosité hivernale. Le discours est assez haché et il peine à avancer avec spontanéité, il en va de même des cadences du pianiste, virtuoses, élégantes mais assez vaines. De son côté le légendaire n’est pas dans un bon jour. Son accompagnement est assez routinier et beaucoup trop massif pour une telle pièce. On restera fidèles aux tandems Zacharias/Wand (EMI), Brendel/Mackerras (Philips) ou les inégalables Casadesus/Szell (Sony).

Le concerto de Schumann est mieux venu, on sent l’artiste plus à son aise. Le toucher est moins imposant, plus fin et assez poétique. Mais à aucun moment, l’oreille n’est portée vers la grâce. Alors que les premier et second mouvements avancent bien, l’allegro vivace final s’avère décousu et peu inspiré. L’accompagnement du chef d’orchestre anglais est un peu moins lourd, mais il peine, lui aussi, à atteindre le Nirvana, le dialogue avec les vents du second mouvement est trop creux. En outre, la prise de son opaque de cet enregistrement de concert joue en défaveur de ce disque, alors que les références à thésauriser sont nombreuses : Serkin/Walter (Sony), Backhaus/Wand (Decca), Freire/Kempe (Sony), Argerich/Harnoncourt (Teldec), Anda/Kubelik (DGG), Ogdon/Berglund (Decca), Pirès/Abbado (DGG)… Ce disque est plus que présentable, de bon niveau, mais d’un tel broyeur d’ivoire on attendait l’inoubliable…

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