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Orchestre National de France, un brin nostalgique

Ouverture de la saison 2007-08

Ce concert, sur-titré « Bon anniversaire Maestro ! » en raison des 80 ans de , officiellement fêtés le 18 juillet dernier à Londres, constituait l’ouverture de la saison 2007/08, la dernière du chef comme directeur musical du National. Si Beethoven et Bruckner seront, et de très loin, les plus souvent joués cette saison par Masur et son orchestre, à Paris mais aussi en tournées européenne et américaine (fin avril), pour finir par un festival Beethoven au Théâtre des Champs-Élysées (intégrale des symphonies et concertos), Mendelssohn et Dvoràk avaient la charge d’ouvrir la saison, ce soir.

Depuis toujours, et spécialement depuis les années à Leipzig (où il fut le directeur du fameux Gewandhaus entre 1970 et 1997), s’est montré remarquable interprète de l’œuvre de Mendelssohn. Son intégrale symphonique au disque constitue un incontestable premier choix, tout comme sa géniale Die erste Walpurgisnacht. Pour se mettre en jambes et nous mettre en oreilles, Masur a choisi de débuter le concert par l’ouverture Ruy Blas et nous avons pu constater que le chef n’avait pas perdu son sens du rythme, des phrasés, des équilibres sonores propres à Mendelssohn et qui faisaient le prix de ses enregistrements. L’orchestre s’y est montré efficace, coloré, précis, on aurait toutefois aimé des cordes un peu plus puissantes.

Suivait le célèbre et très populaire Concerto en mi mineur, joué ce soir par le violoniste américain sur son Stradivarius Gibson de 1713, qui appartenait avant lui à Bronislav Hubermann, à qui il avait été volé. Ce n’est pas sans un sourire bon enfant que nous avons lu dans la brochure programme que avait été « nommé Légende vivante de l’Indiana », sacrés Américains ! Mais pour une fois qu’une légende vivante ne vient pas d’une ligue majeure de sport professionnel, nous ne nous plaindrons pas. Néanmoins, nous ne sommes pas tenus de partager l’enthousiasme de l’état d’Indiana envers son enfant, car la prestation de ce soir, certes très personnelle donc originale, et donc a priori intéressante (la cadence du premier mouvement est d’ailleurs signée lui-même), cette prestation-là ne nous a pas totalement convaincus. Disons qu’on aurait aimé un peu plus de simplicité et de naturel dans les phrasés et les nuances, ce qu’a parfaitement su faire Kurt Masur dans son accompagnement orchestral. Notons également que l’équilibre dynamique soliste-orchestre était excellent, mais au détriment d’un volume sonore trop limité dans les forte orchestraux. Certes la solution à cet épineux problème de volume sonore n’est pas entièrement entre les mains des instrumentistes qui doivent composer avec l’acoustique de la salle, mais …

Après l’entracte, nous devions traverser l’Atlantique avec la Symphonie « Du Nouveau Monde », mais à dire vrai, nous nous sommes sentis davantage du côté de Leipzig, plutôt que sur les rives de l’Hudson, tant la vision de Masur, solide, carrée, aux accords puissants sinon pesants, au tempo toujours mesuré, fleurait bon la tradition allemande. On n’y retrouvait point tout à fait le naturel poétique slave bohème que savaient y mettre les grands anciens Talich ou Ancerl, ni les géniales fulgurances rythmiques à la puissance dévastatrice de Toscanini. Et on s’est demandé plus d’une fois pourquoi les contrebasses avaient à ce point peur qu’on les entende ! Pourtant le chef ne manquait pas de les solliciter directement du regard, tendant longuement sa tête vers eux, les accompagnent physiquement du mieux possible … pour un maigre résultat sonore. Dommage, car bois et cuivres y furent exemplaires. Néanmoins cette interprétation ne manquait pas de qualité poétique ni d’atmosphère (même si celle-ci était germanique), mais peut être d’un souffle qui nous aurait emportés du début jusqu’à la fin sans nous lâcher en route.

En bis, Kurt Masur nous a donné la Danse Slave op. 72 n°2 de Dvořák, notée Allegretto grazioso, mais jouée ce soir franchement « Andante nostalgico » tant on y sentait un brin de mélancolie, voire de tristesse dans cette interprétation, comme pour marquer le début de la fin naturelle d’une relation heureuse (et tellement profitable pour l’orchestre !) entre Kurt Masur et le National.

Crédit photographique : & Kurt Masur – DR