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Musique bourguignonne du XVe siècle

Concert donné dans le cadre du colloque international sur la Cour de Bourgogne et l’Europe, le rayonnement et les limites d’un modèle culturel à l’Institut Historique allemand (Historisches Deutsches Institut) du 9 au 11 octobre, sous la direction de D Werner Paravicini, avec des interventions de Philippe Contamine, Gennro Toscano, du musicologue David Fiala pour ne citer qu’eux.

Ecrin parfait que le musée du Moyen Age pour accueillir un échantillon des plus belles polyphonies de la deuxième moitié du XVème siècle, dans une interprétation d’une qualité exceptionnelle. Ainsi, fut mis en lumière le rayonnement musical de la Cour de Bourgogne où séjournèrent les plus grands compositeurs.

Né en 1990, à géométrie variable, cet ensemble, auquel on doit notamment une remarquable intégrale des Motets de , est composé d’interprètes, ayant acquis de solides connaissances théoriques leur permettant d’unir musique « spéculative » et musique « pratique », pour reprendre la terminologie médiévale.

Le programme de la soirée fut élaboré à partir des recueils manuscrits de chansons parmi les plus fameux, celui de Dijon, celui de Copenhague ou encore le Chansonnier cordiforme, (B. N. F), élaboré pour un notable savoyard dans les années 1470, richement enluminé et semblable, dans sa reliure de velours rouge, aux cœurs offerts par les chevaliers à leurs dames. Le choix judicieux des pièces a permis de mettre en évidence l’intense circulation des chansons bourguignonnes reprises à travers tout le XVème siècle et réutilisées dans d’innombrables messes : ainsi, De tous biens playne est ma maitresse, dont il existe une trentaine de versions différentes, nous fut proposée dans celle de Hayne von Ghizeghem, et dans celle d’, l’une et l’autre à trois voix, puis, après la pause, dans une des quatre autres versions, celle-ci à quatre voix, du même Agricola, chacune de ces versions comportant une grande complexité rythmique et harmonique. En dehors d’un engouement du public, la fréquence du choix d’un même texte s’explique par le fait que les compositeurs se jetaient ainsi de véritables défis comme ce sera encore le cas au XVIème siècle, mais dans une moindre mesure, avec les textes de Pétrarque. La deuxième version de Ghizeghem se retrouve dans la messe L’homme armé de Josquin et au superius de son motet Victimae Paschalae laudes.

La chanson L’Homme armé, quant à elle, nous fut donnée à son tour dans l’une de ses innombrables versions, celle de Robert Morton. Cette chanson illustrissime fut reprise dans une quarantaine de messes dont la plus célèbre, la plus splendide aussi, celle de dont on entendit le motet-chanson O tres piteux/Omnes amici ejus, composé en 1453 pour le fameux Banquet des Vœux du Faisan, magnifique lamentation sur la chute de Constantinople. (fut une constante de la Cour de Bourgogne que la commande de pièces de circonstances aux poètes et aux musiciens qui lui étaient attachés).

Petite camusette, une des trop peu nombreuses mais savantes chansons d’Ockeghem fut suivie de l’intéressante version à 6 voix attribuée à dans l’édition du 7ème livre de T. Susato, tandis que le suave Agnus Dei de la messe Le Serviteur, messe parodique sur la chanson de Dufay établissait, hélas, trop brièvement, le rapport entre musique profane et musique sacrée.

Fidèles aux seuls facs similés des manuscrits, capables, ce qui est rare, de chanter a capella, certains arrangements, d’Agricola, notamment, riche de certaines voix, dont celles de L. Kandel, d’une pureté angélique, cet ensemble d’une rigueur, d’une honnêteté sans complaisance, a su ravir son public. Nous lui disons « A bientôt » et attendons les prochains enregistrements avec impatience.

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