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Un Poulenc puissant et désuet à la fois

Le sommet dramatique des Dialogues des Carmélites, le drame lyrique que élabora au cours des années 1953-1956 se situe incontestablement dans le quatrième tableau du troisième et dernier acte : « Salve Regina, mater misericordiae ».

La foule regarde passer les quatorze carmélites condamnées à mort. Une conduite au supplice particulièrement réussie. Nous sommes en pleine tourmente révolutionnaire. D’ailleurs l’histoire s’inspire d’un fait réel survenu le 17 juillet 1794 à Paris. Le chœur de femmes et l’orchestre illustrent, soulignent et amplifient l’horreur de l’événement. Le recueillement, la douleur et la gratuité des humains sont transcendés en un hymne à la gloire de Dieu. Chaque passage à la guillotine est figuré par la chute glaciale et impitoyable du couperet et une voix du chœur s’éteint. Lorsqu’il ne reste plus qu’une sœur, sœur Constance, celle-ci aperçoit dans la foule l’héroïne, sœur Blanche, sereine, radieuse et déterminer à partager le sort de ses semblables. Elle sera la dernière à monter à l’échafaud.

Le texte du compositeur s’appuie sur celui de Georges Bernanos (1948), lui-même inspiré par une nouvelle de Gertrud von Le Fort (1931). Les choix de aboutissent à une mise en scène épurée, dénudée et très statique. Néanmoins, une fois passée la surprise de choix esthétiques discutables, apparaissent une indéniable cohérence et cohésion du déroulement scénique. On finit par l’intégrer et l’adopter. Quant aux voix, elles soulèvent plusieurs problèmes. Manifestement les chanteurs (un seul est français) ont bien du mal à restituer l’intelligibilité d’un texte qui en lui-même déjà oscille entre banalités et pensum itératifs. Le choix, tout à fait respectable, de rapprocher les voix davantage vers la parole que vers le chant, accentue indéniablement la performance moyenne des chanteurs dont on ne saurait cependant critiquer le jeu théâtral notamment la prestation réussie de dans le rôle de Blanche.

L’ensemble hélas paraît quelque peu daté. L’orchestre, présent mais relativement discret, ne reprend pas les mélodies ou les thèmes soutenus par les chanteurs ou le chœur, il accentue efficacement la spiritualité qui caractérise l’opéra dans son ensemble. A sa tête officie . De toute évidence, il guide d’une ferme détermination les instrumentistes de la fosse et les chanteurs sur scène afin de donner à cette partition atypique, intimiste et dépourvue de véritables rebondissements toute sa discrète saveur et sa ferveur catholique authentique.

Il faut rappeler que Dialogues des Carmélites fut créé avec grand succès à La Scala de Milan le 26 janvier 1957 et que s’ensuivirent de nombreuses représentations appréciées sur de nombreuses scènes lyriques mondiales. Nombreux furent ceux qui les qualifièrent de chef-d’œuvre lyrique et qui y virent la plus belle illustration convenant aux propos typiquement bernanosiens : « On ne meurt pas seul ; on meurt pour les autres, et même à la place des autres ». A méditer !

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