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Das Jüngste Gericht : Un Jugement dernier qui mériterait plus de flamme

Voilà une de ses œuvres qui sans pouvoir être attribuée avec certitude à , fait partie des trésors conservés dans la collection du premier maître de Chapelle de Stockholm, Gustav Düben (et aujourd’hui à la très riche bibliothèque de l’Université d’Uppsala). Il reste peu de traces des Abendmusiken de Buxtehude. Das Jüngste Gericht (Le jugement dernier) est une partition anonyme qui fut attribuée au compositeur, en 1939 lors de sa première publication, sous ce titre, par Willy Maxton. Il s’agit d’un oratorio dont ce dernier à l’époque transforma donc à la fois le titre (Wacht ! euch Zum streit gefasset macht) et l’architecture. vient dernièrement de nous en donner une relecture, rendant à l’œuvre toute sa plénitude et plus évidente l’attribution à Buxtehude. Manfred Cordes suit donc de près le chef hollandais et malgré une interprétation honnête, prend des parties qui crée un malaise. Il ne restitue pas il coupe, persuadé comme il l’écrit dans le livret, que « le langage piétiste ampoulé est aujourd’hui trop difficile à suivre » par le public.

Cet oratorio, créé pour la Marienkierche de Lübeck entre 1682 et 1684, est une œuvre exigeante. Son langage est un langage poétique qui sous forme d’allégories donne de la vie humaine la vision d’une lutte où l’homme créé par Dieu, fut déchu pour son Avidité, son Insouciance et son Orgueil (Acte I), et sera racheté à l’issue du Jugement dernier (Acte III). Par ailleurs, Manfred Cordes a choisi de ne pas utiliser toutes les possibilités instrumentales, n’enrichissant la basse continue assurée par les cordes et l’orgue, que d’un basson, renonçant en particulier à l’usage des trombones ou d’un chœur destiné à l’origine, à faire raisonner l’espace de la Marienkirche, à accentuer les contrastes, et à impressionner les esprits des pêcheurs. Passant après celui du chef hollandais, cet enregistrement souhaite donc offrir une lecture plus « grand public », plus accessible, d’une œuvre dont les audaces et la beauté formelle nous semble appeler au contraire une recherche stylistique plus contrastée.

Certes le continuo est équilibré, mais un peu trop « scolaire ». Tout ici est un peu trop intimiste. La dramaturgie n’est pas assez flamboyante. Les voix sont belles, en particulier celle de Harry van der Kamp (Dieu) à la vigueur impressionnante et à la tonalité menaçante, ou les sopranos qui dans l’acte I nous révèlent de bien jolies timbres, mais nous semble manquer d’insolence dans leur expression du péché dont elles sont les allégories ou les trop rares et talentueuses interventions de l’alto Henning Voss.

Weser-Renaissance réalise donc ici un joli travail, intéressant, d’autant plus que les choix de Manfred Cordes permettront à ce dernier de donner l’œuvre en concert, mais venant malheureusement après l’enregistrement de qui nous semble rendre avec plus d’élégance et de splendeur, la sensibilité baroque de l’œuvre (présumée) de Buxtehude.

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