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Admirable Pollini dans l’opus 2 de Beethoven

poursuit pas à pas une intégrale des sonates pour piano de , commencée, et avec quel éclat, par la fin, en 1975 avec les n°30 et 31 et en 1977 avec les 29 et 32. C’est donc plus de vingt ans après le début de son ouvrage qu’il aborde les trois premières sonates de l’opus 2, écrites par un Beethoven de 25 ans, qui d’emblée trancha avec ses prédécesseurs, Haydn, à qui elles sont dédiées, et Mozart, même si la révolution ne fut définitivement opérée qu’un peu plus tard. Comme on pouvait s’y attendre de la part d’un pianiste qui a toujours montré un grand intérêt pour la musique moderne et pour le modernisme en musique, quelque soit son époque d’origine, la vision que Pollini nous propose n’est évidemment pas tournée vers le passé, mais regarde et annonce l’avenir, nous montrant tous les germes et les audaces qui donneront plus tard naissance aux plus grands chefs-d’œuvre de son auteur. Ainsi, si avec certains de ses confrères, peut-on parfois sentir poindre Haydn, plus souvent Mozart et même Bach dans les passages cadencés comme Gould savait si bien les transcrire au piano (du moins dans Bach !), il n’y a ici que du pur Beethoven, l’héritage est déjà assumé et assimilé, la porte s’ouvre pour de nouveaux horizons.

N’y allons pas par quatre chemins, tout est admirable dans ce disque qui constitue, à notre sens, une formidable leçon d’interprétation beethovénienne. A commencer par la rigueur, l’équilibre, la clarté et la cohérence de la conception et du style, ce qui ne surprendra personne connaissant déjà Pollini et ses précédents enregistrements des sonates de Beethoven. On y retrouve cette tension, si importante et typiquement beethovénienne, certes moins insoutenable que dans les dernières sonates, mais parfaitement traduite par Pollini. Toute aussi admirable est l’avancée permanente du discours, cette ligne directrice qui sous-tend chaque mouvement que notre pianiste a parfaitement su trouver et ne perd jamais de vue. La progression entre l’exposition et le développement est d’une logique architecturale sans faille, c’est tellement limpide avec Pollini qu’on pourrait croire que c’est facile et simple, mais il suffit d’en écouter certains pour comprendre qu’il n’en est rien. Autre leçon d’interprétation beethovénienne : l’utilisation de la dynamique sonore et de ses nombreux sf ainsi que ses ff subito qui, ici, ne sonnent jamais arbitraires mais toujours justes. De ces points de vue, les Allegros initiaux de chaque sonate sont absolument exemplaires. Les mouvements lents (Adagio ou Largo) respirent avec naturel et noblesse, et procurent l’émotion attendue (écoutez le Largo appassionato de la n°2, précurseurs des grands mouvements lents beethovéniens, pour comprendre). S’il reste un Menuet (bien théorique !) dans la première sonate, il est remplacé par un Scherzo dans les deux autres, et là encore, Pollini les joue avec intensité, sur un tempo assez rapide, plus vif que bien des références habituelles, parfaitement dans l’esprit Scherzo et ça marche admirablement bien ainsi, et le contraste avec les trios est parfait. Quant aux finals ils sont emballés à souhaits et ne cessent d’évoluer et de progresser jusqu’à l’accord conclusif.

Voilà donc un disque exemplaire, par un pianiste qui a manifestement les clés de l’interprétation beethovénienne, une vision claire et cohérente et bien sûr les doigts pour la traduire. Notons que le niveau d’enregistrement (ou de gravure) est plutôt bas et qu’il faut pousser un peu le volume pour réveiller le piano. La prise de son n’est d’ailleurs pas renversante, même si elle permet d’entendre maintes fois la respiration (et parfois plus) du pianiste. A conseiller sans réserve, sauf si vous voulez attendre quelques mois (ou années) l’achèvement de cette intégrale qui sera sans aucun doute une des sommes majeures de l’histoire du disque.

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