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Un Mendelssohn passionné en trio avec Boris Berezovsky

C’est avec le violoncelliste et le violoniste que le pianiste virtuose enregistre ici les deux trios pour piano op. 49 et op. 66 de Mendelssohn, ainsi que la Sonate de 1838 pour piano et violon. D’emblée, l’auditeur peut se demander si la rencontre de ces trois monstres solistes ne va pas décevoir, l’égo pouvant prendre parfois le pas sur la vision d’ensemble. Mais soyons rassurés, dès leur enregistrement du Trio n° 2 de Chostakovitch et le Trio Elegiaque n°2 de Rachmaninov en 2004, ils ont prouvé qu’ils pouvaient à la fois briller individuellement et fusionner dans une pensée et une musique communes.

Et là encore, le miracle a lieu. Dès le début de la Sonate pour piano et violon, aux accents parfois schubertiens, le dialogue entre les deux instruments interpelle par sa qualité de son, son équilibre entre chants et contrechants, sa précision. Makhtin et Berezovsky sont en parfaite osmose. De même, dans le Trio n°1 qui allie différents aspects du romantisme, à l’instar de thèmes virtuoses effrénés ou de cantilènes rappelant les Romances sans paroles, les deux compères, à l’aide du violoncelliste Kniazev très inspiré également, font sonner leur instrument dans une homogénéité de son grâce à une pensée musicale partagée et parfaitement harmonieuse. Aucun maniérisme ou effet superflu. Le toucher particulièrement pur et fin du pianiste, la rondeur de son du violoncelliste et le chant expressif et lyrique du violoniste vont directement là où il faut : au cœur ! Et cela se confirme avec le Trio n°2. Là encore, lyrisme et expressivité se côtoient dans un parfait équilibre sonore. Intériorité et extériorité, si chères aux romantiques, s’attirent, se repoussent dans cette très belle interprétation. Et une surprise pour terminer : les applaudissements finaux ! Il s’agit en effet d’enregistrements publics. Pas une fausse note, pas un accent à côté, pas un trait manqué. De quoi finir d’éblouir l’auditeur subjugué devant une telle musique interprétée ainsi.

Pour conclure, reprenons les termes de Schumann au sujet de son compte-rendu du Trio n°1 de Mendelssohn, tellement ils peuvent s’appliquer à l’ensemble du CD : « il [Mendelssohn] a lutté pour nous faire arriver à dire qu’il est le Mozart du XIXe siècle, le plus lumineux musicien, qui a le plus nettement et le premier réconcilié les contradictions de l’époque. Et il ne sera pas non plus le dernier artiste dans cette voie. Après Mozart est venu un Beethoven : au nouveau Mozart un nouveau Beethoven fera suite, et peut-être même est-il déjà né.  » Et c’est effectivement toute la modernité et la fougue du plus classique des romantiques qui ressort de cette sublime interprétation. Un CD à offrir pour les fêtes !

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