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La Chauve-souris par Colline Serreau

Mezzo

À l’occasion des fêtes de fin et de début d’année, la chaîne Mezzo diffuse la célèbre opérette viennoise Die Fledermaus (La Chauve-souris, créée le 5 avril 1874), de Johann Strauss fils (1825-1899), dans sa production parisienne de 2001, enregistrée à l’Opéra-Bastille, mise en scène par et dirigée par .

Pour sa comédie en musique, Strauss reprend le livret d’une pièce destiné par Meilhac et Halévy à Offenbach, Le Réveillon, dont l’action est elle-même tirée de La Prison, pièce allemande aujourd’hui bien oubliée qui met en scène un notaire, maître Duparquet, soucieux de laver l’affront que lui a fait subir son ami Gaillardin au terme d’une soirée trop arrosée ! Notre compositeur exige de son librettiste, Richard Genée, un remaniement complet de l’intrigue, le bon Gaillardin cédant la place à Eisenstein et le dîner russe final de la pièce étant remplacé par un grand bal masqué, organisé chez le richissime prince Orlofsky. Ajoutez-y la piquante Rosalinde, épouse d’Eisenstein, déguisée en comtesse hongroise, l’accorte Adèle, femme de chambre aux grandes ambitions d’actrice, et le tableau sera complet. Johann Strauss n’aurait mis qu’un mois et demi à compléter sa partition, pétillante comme un bon champagne et placée sous le signe saltatoire de la valse.

Comme souvent dans le cadre de l’opérette, genre apparu vers le milieu du XIXe siècle, la gaieté, la bonne humeur et l’impertinence se mettent au service d’une dénonciation des tares sociales. Ici, le propos renvoie directement à l’énorme scandale du krach boursier de 1873 qui a ruiné quantité de familles viennoises tout en enrichissant colossalement la famille Rothschild, source d’un antisémitisme vengeur dans la grande cité autrichienne.

La somptuosité des décors, la qualité du plateau et la modernité du propos (en un temps où le plaisir-roi fait oublier les périls montants d’un matérialisme dictatorial) assurent la réussite de ce spectacle qui aurait pu dérouter, par ses clins d’œil à la culture contemporaine, un public traditionnellement conformiste. Rien de surprenant à cela si l’on se rappelle la personnalité du compositeur, adepte enthousiaste des idéaux de la Révolution française et révolté par la montée des inégalités sociales en son temps et en son siècle.