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Messiaen 2008, souci de démarrage

La conférence de presse (forcément privée) de l’évènement Messiaen 2008 a été courue par tout le gratin culturel parisien. Le premier concert « officiel » (forcément public) de l’année Messiaen a commencé dans une salle peu remplie et un peu plus vidée à l’entracte… allez comprendre !

Il est vrai que ce qui ne devait être que réjouissances (le centenaire du plus grand compositeur français du XXe siècle tout de même) a tourné pour la soirée d’inauguration à l’audition de fin d’année. Chacun a joué sa partition dans son coin, en attendant patiemment son tour. La mise en jambe en fut particulièrement longue : au chant grégorien, que Messiaen affectait tant (plutôt bien rendu dans cette cathédrale profane des Bouffes-du-Nord par les solistes de l’ensemble ) succède une lecture des poèmes de sa mère, . Le talent de conteuse de ne suffit pas à rendre intéressant les alexandrins surannés de la « poétesse de la maternité », qui nous prouve qu’au XXe siècle certains auteurs faisaient encore du Lamartine.

Enfin arrive, servi par deux de ses plus fidèles serviteurs : et . Si le pianiste semble se moquer des difficultés de sa partie des Poèmes pour Mi, la soprano accuse le poids des ans et ne correspond guère à la jeune épouse décrite, tant la voix est abîmée. Le Liu, Grand Prix du Concours Olivier-Messiaen 2007, est l’heureuse surprise de la soirée : à trois Préludes de Debussy gracieux et fluides à souhait a succédé le Rain Tree Sketch II de Takemitsu, courte partition diaphane et délicate, discret hommage de l’élève au Maître. Mais la jeune pianiste s’est littéralement donnée dans le sixième des Vingt regards sur l’Enfant-Jésus, prouvant ainsi une réelle affinité avec l’esthétique de Messiaen.

Autre hommage d’un autre élève au Maître, Duo vivo pour vibraphone et marimba (auxquels se rajoutent ponctuellement timbales et cymbales) de Nguyen Thien Dao bénéficie de la virtuosité sans failles de et . Le langage de Messiaen n’est que très lointain, Nguyen Thien Dao ayant depuis longtemps développé sa propre esthétique. Duo Vivo, qui traite les deux claviers comme de véritables instruments mélodiques, gagnera sans nuls doutes à être réinterprété en dehors de toute manifestation à son dédicataire.

Le concert se clôt avec une partition majeure de Messiaen : les Cinq Rechants pour douze voix a capella. Certes, les solistes du Chœur de l’ORTF (dirigé alors par ) ont assuré la création en 1949 de ce troisième volet d’œuvres basées autour de l’amour et de la mort (, première épouse de Messiaen, donnait depuis les années 40 les signes de la maladie mentale qui allait l’emporter quelques années plus tard). Etait-ce une raison pour confier ce soir cette œuvre aux solistes du Chœur de Radio-France ? Le travail d’homogénéité à douze voix demande une longue maturation et ne peut se faire en extrayant quelques solistes d’une grande masse. La direction peu engagée de n’arrange rien. On se demande où sont passés les « presque vif », « furieux », « vif, gai », « caressant », « brutal », etc. qui peuplent la partition. Des ensembles vocaux spécialistes de ce répertoire, nous n’en manquons pas. Un d’entre eux est même situé juste derrière le périphérique.

Crédit photographique : © Bertrand Desprez