- ResMusica - https://www.resmusica.com -

L’Auberge swingue, et nous, bien sûr, on a l’béguin !

L'Auberge du Cheval Blanc, ce « mammouth de l'opérette » suivant les termes du metteur en scène Jacques Duparc, est d'une belle légèreté !

Les costumes de Danielle Barraud – réalisés par les ateliers de Couture de l'Opéra-Théâtre d'Avignon sous la haute aiguille d'Elsa Briand -, sans donner pour autant dans le « tout bleu, tout bleu », affichent une fraîcheur acidulée de sucre d'orge. Les éclairages de suggèrent la même gourmandise, dans des pastels toniques et lumineux. Jusque dans le spectacle, on est en pleine trêve des confiseurs !

Relief et profondeur ont été savamment restitués dans les décors de Christophe Vallaux (des ateliers du Festival d'Avignon) par un jeu de perspective frisant le trompe-l'œil, élargissant l'espace presque à l'infini, et couronnant de grandiose beauté les sommets bavarois.

L'intrigue a été resserrée, l'orchestration revue en comédie musicale façon Broadway, et ce syncrétisme esthétique fonctionne très bien, tant dans les mélodies attendues que dans les rythmes jazzy. Sur scène on s'amuse, en salle on se régale. La plupart des interprètes sont des familiers de la scène d'Avignon. Soit parce qu'ils sont originaires de la région ou s'y sont installés, soit parce que les productions de la maison opéra ont souvent fait appel à eux. On les y sent à l'aise, chez eux.

Quelques mentions spéciales pour des acteurs qui ont particulièrement marqué la soirée. Fabrice Todaro campe un Célestin bondissant et sans une ombre de fatuité, après avoir fait ses débuts à 8 ans, en 1994, dans le rôle de Piccolo. Jacques Duparc (Léopold et mise en scène) sait incarner avec la même élégance le joyeux luron et l'amoureux sincère… et le comparse aviné – on le retrouvera dans quelques mois pour Le Chanteur de Mexico – ! Hugo Marcellesi incarne un Piccolo convaincu et convaincant, en étant par ailleurs jeune lycéen, auteur-compositeur, et déjà habitué de la scène. Quant à Michel Grisoni, il n'a nul besoin de se forcer pour tomber dans l'» opérette marseillaise » ; quel Bistagne, Bonne Mère ! Formé au cabaret, ayant travaillé en milieu scolaire – à Marseille – puis dans de nombreuses dramatiques télévisées, au cinéma avec Truffaut, au théâtre du Chêne Noir à Avignon, c'est un pur produit provençal ; et comme l'actualité politique et « people » de la fin de l'année lui donne du grain à moudre, il en rajoute, l'ami Bistagne ! Et le public en redemande….

Ainsi, à l'Auberge, chacun est bien dans son rôle, et l'opérette en est toute ragaillardie. On y fait une cure d'oxygène !

Crédit photographique : Michel Grisoni (Bistagne) © Opéra-Théâtre d'Avignon

(Visited 390 times, 1 visits today)