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Fin convaincante du cycle Fellini

Vlaamse Opera

En dépit de moyens financiers modestes et d’assez sérieux problèmes de budget, le Vlaamse Opera d’Anvers et Gand propose chaque année à ses spectateurs des créations mondiales ou des premières en Belgique. Il y a trois ans, nous avions été des plus séduits par le Richard III du compositeur italien . Cette année, et en clôture d’un très original cycle Fellini entamé il y a quelques saisons, le théâtre flamand offre la création de La Strada, opéra tiré du légendaire film par le compositeur belge Luc van Hove qui signe ici sa première expérience du côté du lyrique. Inauguré par le très oubliable Satyricon de Maderna, puis complété par Prova d’Orchestra de Battistelli, ce cycle parvient ici à un haut niveau de réussite musicale et émotionnelle. Tout au long de la grosse heure quarante de musique, le spectateur est plongé dans un univers sobre mais poétique qui ne cherche pas, fort heureusement, à singer le film. Le livret, intelligemment composé d’après le scénario, d’après Eric de Kuyper, l’un des meilleurs connaisseurs du cinéma en Belgique, privilégie une économie de moyen au profit d’une grande efficacité dramatique. La musique de Luc van Hove flatte par son beau travail sur les timbres et les couleurs alors que l’écriture pour les voix s’avère séduisante. Sa musique sonne avec efficacité et le compositeur déploie tout son savoir faire symphonique dans de splendides interludes orchestraux où l’on sent une certaine influence de Britten.

La mise en scène du jeune Waut Kœken prend le parti pris de la simplicité et de la fluidité narrative. Les décors très sobres et les jeux subtils des lumières participent à la tension dramatique qui découle de l’œuvre, et les scènes d’ensemble sont réglées avec efficacité. La distribution, composée majoritairement de chanteurs belges, est d’un solide niveau. Notre compatriote , fait encore une fois, preuve de son grand talent vocal et scénique à travers son interprétation du rôle d’Il Matto. En dépit d’un timbre qui manque un peu d’éclat, touche par son interprétation de Gelsomina. Il en va de même de la prestation très juste de qui parvient à illuminer son personnage. Les forces chorales de l’opéra flamand sont toutes aussi engagées dans leurs rôles.

Dans la fosse, Kœn Kessels fait briller de mille feux un orchestre du Vlaamse Opera que l’on a pas entendu en si bonne forme depuis bien longtemps. L’oreille a même l’impression d’entendre un autre orchestre que celui qui officiait dans le récent Siegfried. La direction ample mais souple du musicien tisse un écrin idéal aux chanteurs.

En résumé, cet opéra éminemment humain est une très belle découverte très chaleureusement accueillie par le nombreux public de ce dimanche après-midi. Touchante et écrite avec grand talent, cette pièce a en effet tout pour séduire ; on lui souhaite un radieux avenir scénique.

Crédit photographique : © Annemie Augustijns