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L’héritage de Monteverdi : un univers de plénitude

Si les livrets Ricercar ressemblent à des livres rares, les enregistrements qui proviennent de ce label sont bien souvent par leur beauté incomparable de précieux et véritables trésors dont la découverte est toujours un enchantement. On en veut pour exemple ces enregistrements dont on peut juste se demander la raison d’une édition aussi tardive, puisqu’ils ont été réalisés entre 1995 et 1996, d’œuvres de et Biagio Marini. Ils nous permettent de percevoir les évolutions et le développement de la musique instrumentale à une époque passionnante d’expérimentation.

Si c’est d’abord le nom de Monteverdi qui vient à l’esprit lorsqu’on pense à la musique de la « città è bellissima », d’autres compositeurs toutefois lui disputèrent la gloire et le talent à son époque. est à l’image du baroque qui aime le mystère et les faux semblants. Alors que ce compositeur connu fait exceptionnel du vivant d’un artiste en ce début du XVIIe siècle, plusieurs rééditions de ces livres de sonates, on ne sait rien ou pratiquement rien de lui. En cette cité de Venise où les registres étaient pourtant si fréquents, rien ou si peu semblent porter sa trace et pourtant… Biagio Marini dont parle avec délicatesse, fut considéré quant à lui, comme « un nouvel Orphée ». Violoniste virtuose, les cités italiennes et les principautés allemandes se l’arrachèrent. en virtuose du cornet à bouquin sait donner à un instrument à la facture aux apparences si frustres des sonorités aux couleurs chatoyantes et chaudes, dont la douceur infinie sert ce sentiment de plénitude absolue qui règne au cœur des œuvres de Marini. Les pièces offertes ici passent du profane au sacré, nous permettant d’entre-apercevoir en quoi Marini touchait au divin. Et le talent, des instrumentistes de la Fenice qui l’accompagnent, ne peut que souligner la beauté céleste de ces œuvres. La fraicheur paisible de la Grotte (Grotte ombrose madrigale in echo con sinfonie), aux beautés secrètes des jeux d’ombres et de clartés de l’écho si proche et si lointain, est merveilleusement évoquée par les cornets et la soprano Maria Christina Kiehr dont le chant est une eau limpide. Le Lagrime di Davide nel Miserere composé d’une Passacaille et d’un Miserere issus du dernier livre du compositeur, possède une rhétorique poignante et bouleversante. La Passacaille est écrite sur la basse d’un Lamento, tout en pianissimi, et les trombones et le cornet muet par leur sonorité noble préparent la ferveur mystique du Miserere à l’interprétation parfaitement maîtrisée.

Tout aussi réussi le second CD s’ouvre sur une Sonata plus volubile, qui nous permets de découvrir un tout autre univers musical, « Musica per si diletta ». Cette musique au caractère plutôt profane comme la Sonata decima settima per due violini e due cornetti in ecco, où les cornets à bouquin nous surprennent par la variété des effets recherchés en disputant leur virtuosité presque « vivaldienne » aux violons créant des dialogues surprenants entre instruments. Plus élégiaque la musique de Dario Castello se révèle donc à l’image de ce compositeur étrange, libre et fascinante semblant nous inviter à rechercher la solution de l’énigme. Une belle interprétation pour des œuvres qui méritent d’être connues.

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