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La classe de Nicholas Angelich

Pour son dernier concert symphonique de la saison, l’Opéra de Marseille proposait une programmation de choix avec la présence du pianiste Nicolas Angelich. Né aux Etats-Unis mais formé à Paris, il est, en effet, considéré comme l’un des plus brillants représentants de notre école de piano et fait partie du cercle fermé des concertistes qui ont également développé une carrière à l’étranger. Avant de l’entendre dans son répertoire de prédilection (en l’occurrence ici Schumann), c’est avec l’ouverture des Noces de Figaro que nous débutons ce concert. La direction est précise mais aussi tonique. Difficile d’apprécier l’éventail des colorations de ces pages, comme la légèreté ou l’ironie, avec un tel choix de lecture !

Tout autre climat avec le chef d’œuvre Schumannien. Sous les doigts de , le thème initial résonne avec une rare sensibilité : poétique et pénétrant grâce à une respiration subtile et libre en fin de phrase. Son piano chante et nous touche sans artifices là où d’autres virtuoses de haut vol en rajoutent sans parvenir à la même profondeur. Ses facilités digitales lui permettent de se jouer des embûches techniques, sa science du son d’obtenir couleur et nuance à la note près. resta, quant à lui, attentif aux quelques libertés de tempo du soliste et veilla à maintenir un équilibre architectural d’ensemble. Dans l’Intermezzo, les cordes sont frémissantes portées par une rondeur expressive du piano. La musicalité des lignes notamment à la main droite fut enthousiasmante dans le Finale mis à part une mise en relief des cuivres de mauvais goût vers la fin du mouvement.

Longuement ovationné, Nicolas Angelich reviendra donner deux bis. La première pièce des Kinderszenen de Schumann, murmurée et délicate puis l’Allemande de la deuxième partita de Bach comme pour nous rappeler qu’il trouve également sa propre voix dans un autre répertoire.

La deuxième partie du concert est consacrée à la septième symphonie de Beethoven. Cet orchestre a indéniablement du répondant et une belle dynamique dans cette œuvre aussi rythmée. Sous l’impulsion d’une métrique précise, les mouvements rapides sont joués avec brio. Toutefois, malgré un splendide Allegretto, intermède visionnaire de l’homme face à son destin, la version proposée ne nous séduit pas totalement. Elle s’inscrit pleinement dans la ligné des chefs modernes (à de rares exceptions près comme Fischer ou Harnoncourt) qui travaillent le tissu orchestral au forceps sans envisager plus de finesse et une hauteur de vue qui sied davantage à l’esprit Beethovénien.

Crédit photographique : © Stéphane de Bourgies