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Un Otello proche de l’idéal avec Domingo et Kiri Te Kanawa

Ce DVD, filmé au Covent Garden de Londres en octobre 1992, nous présente la première captation filmique de dans le rôle du maure de Venise à avoir été réalisée sur le vif. Les deux autres, celles du Met de New York et de la Scala de Milan, datent respectivement de 1995 (avec Renée Fleming et , sous la baguette de James Levine) et de 2002 (avec Barbara Frittoli et , dirigés par Riccardo Muti). Même si Domingo, à ce moment de sa carrière, fréquentait déjà le rôle depuis plus d’une quinzaine d’années – et l’expérience de la scène est ici manifeste… –, il s’agit encore d’un Otello relativement juvénile vocalement, comme l’atteste par exemple un aigu encore rayonnant et sans failles, pas encore atteint par les brumes et les difficultés qui devaient entacher certaines représentations données par le grand ténor à un stage plus avancé de sa carrière. La performance, autant celle du chanteur et du musicien que celle de l’acteur, est littéralement sidérante, et Domingo vit à fond la passion dévorante et déstructurante d’un personnage fascinant entre tous. La caméra de Brian Large sait d’ailleurs habilement jouer des gros plans dès lors qu’il s’agit de montrer au public l’expression faciale de l’acteur, y compris même dans les moments où le personnage n’intervient pas vocalement et où le maure reste pour ainsi dire relégué au second plan.

Aux côtés de Domingo, est une Desdémone de rêve, même si la voix de la cantatrice néo-zélandaise n’a plus tout à fait le crémeux et la pureté vocale d’une de ses précédentes prestations véronaises, également disponible en DVD. Le peu que l’artiste a perdu en rayonnement vocal est ici largement compensé par ce qu’elle rajoute en nuances et en musicalité. Il est vrai aussi que la direction de a toujours su inspirer une artiste parfois placide scéniquement – mais pour Desdémone, cela est à peine un défaut…–, et qui fait preuve ici d’une extrême sensibilité musicale. Quand a-t-on entendu une chanson du saule murmurée de façon aussi envoûtante…

À mille lieues de la vocalité du baryton verdien typique, est un Iago noir à souhait, capable lui aussi d’une grande subtilité dans le jeu et dans la lecture musicale de son rôle, auquel il rend les trilles et ornements trop souvent escamotés par tant de barytons verdiens à l’organe sans doute plus adapté à l’écriture verdienne traditionnelle.

Ce merveilleux trio vocal est complété par de très beaux comprimari, parmi lesquels se détachent le Cassio, bien connu à Londres, de , ainsi que l’Emilia de Claire Powell.

De toute évidence, la mise en scène de Elijah Moshinsky a été conçue pour être vue de loin, et la caméra ne rend pas toujours justice à ces grands espaces et aux beaux décors réalisés par Timothy O’Brien. C’est en fait surtout dans l’intimité du quatrième acte que l’excellence de la direction d’acteurs ressort, même si la caméra de Brian Large parvient également, comme cela vient d’être dit, à faire passer par l’utilisation habile du gros plan les émotions des différents personnages au cours des scènes plus spectaculaires (le finale de l’acte 3, par exemple). Les scènes de foule faisant intervenir le chœur sont elles aussi particulièrement bien rendues, et profitons-en pour saluer l’excellence du chœur de Covent Garden, particulièrement éprouvé dans cet ouvrage d’une rare difficulté musicale.

À la tête d’un orchestre qu’il semble connaître comme sa poche, fait autant merveille dans les déferlements orchestraux que dans les scènes plus intimistes.

Un DVD à connaître absolument.