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Early works de Trisha Brown : déambulation chorégraphique


Renouant avec ses premières expérimentations dans les parcs, sur les toits ou dans les musées de New York dans les années 70, la chorégraphe américaine propose une déambulation chorégraphique exceptionnelle dans les salles du Musée national d’art moderne, au Centre Georges Pompidou.

Le parcours commence près de l’escalier, entre un tableau noir de Soulages et une maison de Jean-Pierre Raynaud. Un portique à mi-hauteur encombre l’espace, il est fait d’un solide assemblage de cordes dans lesquelles sont enfilés des vêtements. Silencieusement, parfois laborieusement, les danseurs s’y suspendent, glissant leurs jambes dans une manche, les bras dans un caleçon. Cette pièce de 1969/1971 s’intitule Floor of the forest.

Un peu plus loin, dans une salle baptisée Formes et attitudes, où l’on retrouve des sculptures et des pièces du groupe Support Surfaces ou du mouvement Arte Povera, trois danseuses entièrement vêtus de blanc enchaînent cinq minutes durant un subtil déhanchement les pouces levés, comme une comptine de gestes enfantine. C’est la première des pièces du cycle Accumulation, initié en 1971, autour du principe générique de l’accumulation, basé sur la répétition, la série et l’addition des mouvements. « La danse et sa structure sont visibles et ultra simples, et aucun mouvement n’a de sens au-delà de lui-même », selon les propres mots de la chorégraphe.

Dans la salle suivante, ce sont quatre danseuses au sol, qui proposent dans Group Primary Accumulation (1973) un enchaînement de mouvements continus, apaisés et apaisants, nécessitant une très grande coordination des interprètes entre elles. Un nouveau mouvement s’ajoute à la fin de chaque série effectuée. Ce travail fascinant et hypnotique peut être rapproché des œuvres des peintres minimalistes américains Donald Judd ou Sol Lewitt. Juste auparavant, dans Sticks 1, cinq danseurs essayaient de faire tenir bout à bout cinq tasseaux, tandis que leurs corps se pliaient à des positions de plus en plus périlleuses. Cette pièce, créée en 1973, ainsi que la suivante, Sticks 2, est un des exemples les plus emblématiques du travail sur la task, un principe de composition chorégraphique basé sur le recours à des actions concrètes et ordinaires.

Le parcours dans la partie inférieure du musée s’achevait avec la célébrissime Spanish Dance, où le déhanchement d’une danseuse se communique progressivement à ses quatre compagnes, adoptant tour à tour le port de bras d’une danse sévillane, le tout sur une chanson folk. Décontraction, humour et maîtrise caractérisaient ces expérimentations formelles dans les années 70 qui gardent près de 40 ans plus tard une acuité et une fraîcheur exceptionnelle, dont beaucoup de chorégraphes peuvent encore s’inspirer.

Crédits photographiques : Floor of the forest © Dance Company