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Louise en salle d’attente

C’est vraiment étrange. Alors que le programme de salle montre huit photos de la capitale française, celle-ci est presque entièrement bannie de la mise en scène de . En effet à Duisburg, Louise, l’opéra parisien par excellence, se déroule dans la vaste salle d’attente d’un médecin, lieu aussi laid que froid et quelconque. En attendant le rendez-vous (ou plutôt son bonheur) Louise, accompagnée de ses parents très envahissants, commence à rêver. Elle s’invente un amant – qui prend les traits du médecin – avec lequel elle s’enfuit de la prison parentale. Ici, Paris n’est plus qu’un symbole – un endroit imaginaire sans contraintes où règne la liberté absolue – et présent seulement à travers quelques diapositives projetées pendant le célèbre air «Depuis le jour». Si le metteur en scène nous gratifie de quelques moments très denses au niveau de la direction d’acteur, le concept en soi tombe à plat. Car, contrairement à ce que Loy prétend dans le programme de salle, Louise n’est pas une œuvre surréaliste ou symboliste, proche de Pelléas et Mélisande. Au contraire, texte et musique dressent le portrait tout à fait naturaliste d’un Paris ouvrier à l’époque de la création. Il suffit, pour s’en convaincre, d’écouter le formidable début du deuxième acte (Paris s’éveille), devenue ici un défilé bien bizarre de patients et de personnel de nettoyage, en flagrante contradiction avec la musique imaginée par le compositeur.

Musicalement, en revanche, cette nouvelle production est une grande réussite pour le Deutsche Oper am Rhein, qui a pu distribuer tous les rôles, petits et grands, parmi les membres de sa troupe. Et ceux-ci ne déméritent pas. Ainsi, campe une mère incisive, à la voix pas très ample mais bien projetée et à l’aise sur toute la tessiture. Dans le rôle du père (au physique d’ailleurs bien trop jeune pour être crédible), fait entendre une voix impressionnante, à mi-chemin entre Boris Christoff et , qu’il tente – avec un certain succès – de plier à la souplesse requise par Charpentier. Malgré quelques problèmes de prononciation, est un Julien très convaincant, à l’émission insolente comme il faut, à l’aigu radieux, mais également capable de belles demi-teintes dans les deux grands duos d’amour. Sa Louise, en la personne de la très belle , peine un peu dans certains passages graves, péché véniel pourtant largement compensé par les couleurs sensuelles de son timbre, par la luminosité de son registre aigu ainsi que par son engagement dramatique qui force le respect.

Dans la fosse, fait scintiller les pupitres des , rendant ainsi justice aux multiples facettes de l’orchestration de Charpentier. Et, malgré le fait que les quatre actes de la pièce sont donnés sans entracte (2 heures 40 de musique quasiment ininterrompue !), la tension ne tombe pas une seule seconde. Le public à la fin se montre enthousiaste et ovationne tous les artistes.

Crédit photographique : (Louise), (Le père) ; Sylvia Hamvasi (Louise), (Julien) © Eddy Straub