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The Minautor de Harrison Birtwistle, ni taureau, ni humain, et tellement contemporain

Avec The Minautor, l’année 2008 a engendré non un monstre mais un chef d’œuvre.

Le dernier opéra de , sur un livret de David Harsent, est une éclatante réussite made in Covent Garden, qui nous réconcilie avec la vision contemporaine de la scène londonienne, mise à mal par le déplorable 1984 de Lorin Maazel. De l’histoire d’Astérion, beau-fils de Minos, librettiste et compositeur n’en ont retenu que la violence intrinsèque. L’avertissement sur le DVD qui «contient des scènes de violence et de sexe» est justifié : le metteur en scène n’y va pas de main morte avec l’appétit sexuel du Minotaure ni avec la soif des kêres, ces filles de Nyx, la nuit, qui viennent arracher le cœur et boire le sang des agonisants. L’hémoglobine coule donc à flot.

La violence vient aussi de l’absence d’amour entre Ariane et Thésée. Après tout, celui-ci ne l’abandonnera-t-elle pas sur l’île de Naxos ? Et elle, n’a-t-elle pour seule ambition que de quitter la Crète, honte de la Grèce antique, avec son roi faiblard et cocu et sa reine nymphomane et zoophile ? Le minotaure appelle la pitié : être difforme, offert à la vue de tous dans son teatron (littéralement : le lieu d’où on voit) au centre du labyrinthe, dépourvu de la parole devant les humains, il parle dans ses rêves… Agonisant, mis a mort par Thésée, il trouve l’usage du verbe, pour asséner la terrible vérité : Poséidon s’est substitué à Egée dans la couche d’Ethra, mère de Thésée. Poséidon a pris aussi la forme d’un taureau pour séduire Pasiphaé… Thésée a tué son frère. Rideau.

Cette violence est portée par la musique somptueuse d’. L’orchestration est généreuse, les lignes mélodiques vont à profusion, l’écriture vocale est soignée, respectueuse de l’instrument, et pourtant éprouvante, tels les gémissements du Minotaure ou les cris des kêres. Le plateau est exceptionnel : possède la voix de grande soprano dramatique exigée par la partition. est un Thésée frustre, incapable du moindre sentiment, à la voix métallique et puissante. est touchant en Minotaure : le timbre est usé, les aigus sont tendus. Loin d’être gênants, ces défauts deviennent qualités d’un personnage lassé de sa condition. , presque septuagénaire, reste saisissant en tant qu’interprète du volapuk déblatéré avec brio d’, désopilant Prêtresse Serpent à la fausse poitrine généreuse. L’orchestre et le chœur de Covent Garden sont excellents sous la direction précise d’. La caméra statique de Leo Warner et Mark Grimmer rend justice à cette tragédie moderne et intense, création importante de cette année 2008.

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