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Une manière de mort

Après le Requiem de Mozart à l’automne dernier, la Monnaie poursuit son chemin de mort en montant le Requiem de Verdi au Palais des Beaux-Arts. L’exécution de cette Messa da Requiem (écrite en 1874) est à chaque fois une nouvelle aventure, un grand poème, une épopée comme peut l’être une course cycliste, un film de Scorsese, … Un opéra ? Peut-être. Face aux détracteurs d’une musique corrompue, d’un opéra déguisé, nous louons les qualités d’une œuvre où l’on comprend tout ce qui s’y déroule, une musique corrompue, oui, par la vie même d’une œuvre musicale (le rapport exécution/réception), une musique évidente, qui s’inscrit dans le réel et qui s’assure, encore aujourd’hui, une pleine existence. Du génie mélodique de Verdi, d’une expression dramatique affichée (contrastes, trompettes cachées, quatuors vocaux, parties séparées, etc) naît un Requiem puissant, limpide et brillamment expressif.

Une épopée donc, qui rassemble tant de monde, sur scène et par-devant ; ce public des Beaux-Arts, si chaleureux finalement, qui brise pourtant ces miraculeux silences de toux mal apprivoisées (mais pourquoi ne crachent-ils pas pendant les tuttis ?). Quelques miracles ternis par la maladie (splendide solo de basse ou l’issue murmurée du Libera me), d’autres bien révélés (un Introït qui s’étend et laisse s’élever une œuvre qui prend le temps de se dévoiler, une heure et demie, sans entracte).

Une épopée parsemée de ces instants merveilleux, la délicate magie d’un Agnus Dei, peut-être pas aussi diaphane qu’espéré, parmi ces octaves nues, ou le drame d’un verre d’eau renversé d’un coup de pied. Une épopée qui célèbre la mort, inquiétante ou violente (un célèbre Dies Irae, toujours apocalyptique), parfois tendre, sombre (Mors stupebit), ou même étonnamment gaie (Sanctus), qui s’achève dans le doute, l’incertitude discrète d’une éternité. L’affirmation d’un orchestre et des chœurs homogènes (renforcés pour l’occasion par le Chœur de l’opéra de Flandres) ; les confidences d’une soprano, Marina Poplavskaya, qui, pour sa première collaboration avec la Monnaie, fond subtilement sa voix dans l’esprit sonore de l’ensemble, et jaillit avec à propos dans les parties solistes, à l’écoute toujours, elle semble comprendre justement le dramatisme du Requiem ; enfin, la présence d’un chef, , qui, même aussi grand sur son piédestal que la sculpturale mezzo deux étages plus bas, dirige avec brio et clarté une interprétation intelligente.

Une production riche, de bons solistes, des chœurs et musiciens en heureuse harmonie ; un chef que l’on retrouve, à la tête de l’, jusqu’au 4 novembre dans le Requiem et plus tard, cette saison, dans le Grand Macabre de Ligeti et Le Nozze di Figaro.

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