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Hommage à Kagel

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Cette série de théâtre musical devait être un moment comme un autre de la saison musicale parisienne. Depuis le 18 septembre, c’est devenu un hommage fortement attendu. Qui pouvait deviner que ce spectacle autour du Tribun et de Finale deviendrait la première manifestation importante après le décès de leur compositeur,  ? Un hommage en bonne et due forme a été annoncé par le chef d’orchestre en seconde partie de concert.

Le Tribun est clairement représentatif de l’art de son auteur : un théâtre musical pour un récitant et ensemble instrumental, un texte satirique, acéré, aiguisé, tranchant, une musique parodique à mi-chemin entre le cirque et Kurt Weill, le tout composé en 1978. L’année ou Jorge Rafael Videla, dictateur en chef de l’Argentine (pays natal de Kagel), procède à ses purges en bonne et due forme. De l’autre coté des Andes, Pinochet met le Chili en coupe réglée. Depuis 24 ans Alfredo Strœssner isole de plus en plus le Paraguay du reste du monde… La liste est longue. met en situation un dictateur d’opérette sur la fin en train de répéter son discours sur fond de fanfare et d’applaudissements préenregistrés. Une rhétorique de l’absurde se met en place, de plus en plus déstructurée, à la démagogie ridicule, mais hélas très proche de la réalité malgré ce miroir grossissant.

Jean Lacornerie prend le parti de filmer le discours et de le diffuser en temps réel. La tête de Bernard Bloch emplit l’écran géant en fond de scène, il est omniprésent. Sa prestation, qui alterne français et allemand, parlé simple et parlé rythmé, est époustouflante. La musique de Kagel, purement parodique et illustrative, n’est pas l’élément essentiel du drame, malgré l’excellence des musiciens de 2e2m et de leur directeur musical, vêtus de vestes d’un blanc satiné, telle une fanfare de pacotille ou un orchestre de variétés. Ici le texte est primordial. Et le spectacle marche ainsi, prenant ainsi le spectateur en témoin d’un dictateur qui se meurt.

Finale en revanche déçoit. Le propos est simple : un chef d’orchestre dirige une pièce d’un académisme ennuyeux. Tout le monde s’ennuie, spectateur comme musiciens. Pris d’un malaise cardiaque, le chef s’écroule. Les musiciens, interloqués, commencent une marche funèbre sur le Dies irae grégorien. Puis, libérés de cette férule, ils se mettent à jouer ce qu’ils veulent, c’est ainsi que des bribes d’œuvres de Ravel ou Moussorgski sont entendues, ainsi qu’une brillante exécution du thème générateur de la Symphonie n°5 de Beethoven par des klaxons mus par le percussionniste. Mais la liberté totale n’existe pas, et le chef est vite remplacé par le premier violon… C’est par cette parabole que Maurico Kagel se souhaitait un joyeux anniversaire à lui-même. Le propos méritait-il une mise en musique de 30 minutes ? L’œuvre a vraisemblablement mal vieilli. Mais sans les efforts de 2e2m et de Pierre Roullier, sans leur professionnalisme, nous n’aurions pu nous en rendre compte et émettre une opinion.

Crédit photographique : Bernard Bloch dans Du jour au lendemain (2008) © Mars distribution