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Boris Godounov… en version « initiale »

Ce Boris Godounov (qui nous vient de Genève) se présente à nous comme une chronique à la fois joyeuse, provocante, scandaleuse et criminelle qui nous enchaîne, avec un flair tout clinique, les méfaits et gestes d’un certain Boris, à la triste figure.

Sept tableaux, sept miniatures, figés, sages et bien rangés… qui nous tissent lentement, avec sûreté, sans jamais tomber dans l’icône, à travers les dires et commentaires des différents protagonistes du drame, l’histoire éternelle de l’éternelle Russie. San Francisco nous présente en effet, en première locale, la version initiale (1869, dans laquelle n’interviennent ni l’acte dit « polonais », ni la pauvre ) de ce Boris Godounov (qui nous expose tout simplement l’odyssée bien hermétique de la conscience), solide, efficace, et qui tient, seul, tout seul, sans les ajouts quelque peu alambiqués et clinquants de Rimski-Korsakov ou Chostakovitch. A deux ou trois scènes intimistes, voire minimalistes, lourdes de prémonitions, succèdent avec bonheur deux ou trois autres scènes plus colorées, voire plus épiques (scène du couronnement), dans lesquelles le peuple russe, idolâtre et rebelle, joue son va-tout. Les décors et les costumes, parfois luxuriants, parfois monacaux, ces clairs-obscurs instantanés, ces rais de lumières, ici et là, provocants, la mise en scène, sobre et forte à la fois, participent alors d’un projet robuste, sensé, admirablement chevillé.

compose un Boris redoutablement fort qui, violemment senti, passe la rampe et nous émeut. Ramey déblaie d’un revers de main les aspérités et autres boursouflures du personnage pour n en retenir que l’essentiel…. la bonté, la tendresse (dans l’étonnante scène 5 qu’il partage avec ses deux enfants, par exemple). Mais rassurez-vous, notre tsar sera, en fin de parcours, rattrapé par l’Histoire. Sa mort sera lente et douloureuse, superbement reproduite. La voix, toujours aussi porteuse, et qui manie la rage et l’ironie avec aplomb, sonne héroïque et sincère, contrôlée (ce vilain vibrato des premiers instants sera bien vite maîtrisé), sonne également tendre et lyrique….. de la très belle ouvrage ! Le Pimen de confirme brillamment les grands talents (plénitude du timbre, ligne vocale …… somptueuse, etc…) que nous lui avions découverts il y a quelque mois (Simon Boccanegra, San Francisco, septembre 08). Le Prince Chouiski de , fourbe et mesquin, retors, à l’aigu clair et sonore, affiche un franc culot (on ne peut pas ne pas évoquer certains beaux salauds d’Eisentein), possède la stature vraie du méchant, mate le rôle. , au ténor robuste et engagé, campe, lui un excellent Grigori. sait cultiver sa voix (chaleureuse et sincère, souvent mordante) avec intelligence et soin. Son Varlaam, devenu soudain « rond », plein, surprend … très agréablement. A signaler également, pour leur professionnalisme et leur engagement, l’Innocent d’ Andrew Bidlack, la Xenia de Ji Young Yang, le Missail de Matthew O’Neill, l’aubergiste de et le Fyodor de Jack Gorlin. Au pupitre, , idiomatique (brutal, lisse et soyeux lorsqu’ il le faut) dirige avec autorité un orchestre gras et plantureux (c’est un compliment). En conclusion : un superbe Boris… une version qui vous réconcilie avec l’œuvre de Moussorgski.

Crédit photographique : (Boris) © Terrence McCarthy

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