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Doctor Atomic de John Adams, longue attente… mais révélation

Quatrième opéra de après Nixon in China, The Death of Klinghoffer, I Was Looking at the Ceiling and Then I Saw the Sky, Doctor Atomic fut crée en 2005 à San Francisco avant d’être donné à Amsterdam dans le cadre du Holland Festival 2007. Retrouvant son fidèle compère Peters Sellars pour le livret et la mise en scène, renoue éternellement avec un évènement historique à savoir le projet Manhattan et l’explosion en juillet 1945 de la première bombe atomique dans le désert du Nouveau Mexique. Mais l’opéra se concentre sur l’exploration radiographique des états d’esprit du créateur de la bombe : le savant Robert Oppenheimer et de ses proches. D’une durée de près trois heures, cette partition qui peinait à s’imposer lors des représentations amstellodamoises connaît ici une véritable transfiguration. La réalisation très cinématographique et léchée de , en personne, aux manettes de cette captation, apporte une énergie et une logique à une scénographie probe à défaut de s’avérer des plus originales : le langage de Sellars est désormais bien connu avec sa gestuelle caractéristique répétée inlassablement au fil des productions. Cependant, l’une des caractéristiques du metteur en scène est de tirer le meilleur parti théâtral de ses chanteurs ; dès lors, tous les protagonistes sont intensément engagés dans leurs rôles.

La musique est quant à elle d’une stupéfiante beauté plastique et dramatique. D’un immense raffinement, la partition alterne comme rarement sensualité et tension, tout en démontrant une science imbattable de l’orchestration qui fait la marque de fabrique du créateur, le mélange des sons concrets et réels étant une grande réussite. Maître de cérémonie, le jeune chef fait briller tous les éclats les moindres recoins de cet opus lyrique à la tête d’un orchestre exemplaire, mais les Bataves étant des fans inconditionnels de John Adams, ils possèdent presque cette musique dans le sang.

Du plateau, il faut surtout retenir, la prestation de à la fraîcheur vocale étincelante. Du reste des artistes, il faut saluer les performances d’ (General Leslie Groves), (Edward Teller), James Maddalena (Robert Wilson), Thomas Glenn (Captain James Nolan) et Ellen Rabiner (Pasqualita). Bonne musicienne, Jessica Rivera, peine un peu au niveau du timbre au fil de la représentation.

En bonus de ces deux DVD, on peut découvrir la panoplie habituelle des bonus «Opus arte» : synopsis illustré, galerie de photos mais surtout une série de petits documentaires sur l’œuvre, la distribution, le compositeur, le chef et une longue interview avec le maître . Cette dernière est parfois trop volontairement intentionnée et faussement didactique mais autant de soins pédagogiques autour d’une création laisse admiratif, songeur et envieux.

Dans l’absolu, Doctor Atomic n’est peut être pas un chef d’œuvre, mais la qualité de sa partie musicale, l’engagement des différents protagonistes, le soin apporté à la réalisation et la portée universelle du sujet en font un événement assez important en terme éditorial.