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L’Elisir d’amore mis en scène par Laurent Pelly, la beauté de la tradition

Défini comme un opéra buffa romantique, L’Elisir d’amour de , met en musique une des situations amoureuses la plus en vogue au XIXe : le coup de foudre «déterminé» par une présumée potion magique voire un filtre d’amour. Ce philtre développera une intrigue amusante autour du classique triangle amoureux autour duquel se noue l’idylle : Adina, la villageoise éduquée à la lecture d’histoires d’amour, Nemorino, le pauvre amoureux et Belcore, le beau sergent, témoin et jouet des événements.

L’atmosphère villageoise est suggérée par une scénographie simple mais efficace : une ferme, un bar, un traiteur, la camionnette ambulante du Docteur Dulcamara. La verve de la musique, le ton général particulièrement gai, l’instrumentation colorée ne s’éloignent pas de la simplicité du sujet mais au contraire le souligne avec un esprit orchestral brillant.

Opéra belcantiste à la manière italienne par excellence, l’Elisir d’amour est une «fête de la voix». Une fête qui nécessite de beaux timbres doués d’une légèreté naturelle et d’une touche de frivolité. Les chanteurs de cette production nous offrent en plus d’une belle performance, une technique impeccable, un esprit brillant et une capacité à moduler leur voix quand le sujet le suggère ou encore de la colorer, la détimbrer afin de lui donner les nuances et les inflexions qui signent le chant di grazia. La diction parfaite laisse entendre les moindres particularités d’un livret coquin et malicieux qui décline les différentes facettes de l’amour.

Le couple amoureux, disposant chacun de deux arias mettent bien en valeur leurs qualités individuelles. , soprano léger s’abandonne dans des vocalises très séduisantes qui allient le charme du timbre à l’agilité technique d’une vrai prima donna. Il en est de même de . Dans la célèbre romance de ténor Una furtiva lagrima, il offre l’un des rares moments de douleur de l’opéra avec un émouvant abattement inspiré par l’infortune d’amour. dans le rôle du Docteur Dulcamara, charlatan sympathique et habile, prototype du baryton-basse bouffe de Rossini, avec son esprit pseudo-comique a un contrôle exemplaire de la voix qui n’excède ni dans l’usage du falsetto ni du parlé entraînant le spectateur dans un climat de fête et d’allégresse.

Malgré le respect des formes conventionnelles de la tradition, de la mise en scène aux costumes simples, aux tempi de l’action, il n’y a pas de temps morts. Chaque épisode suit naturellement un autre avec une vitalité et une maîtrise de l’esprit italien qui ne laissent pas insensible.