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Antonio Meneses, l’aristocrate du violoncelle

Sous la baguette de ce soir, , le violoncelliste du Beaux- Arts trio, réinvente le soliste. Il y a d’abord un Tombeau de Couperin méditatif, presque grave où le son s’approprie patiemment l’espace, où les dialogues sont attentifs (vents), même recherchés (cor anglais) et les cordes rigoureuses mais timides. Une vision qui a quelque chose d’une nature morte : l’équilibre, le piqué, mais aussi l’absence de vie intérieure. Un paradoxe duquel on retiendra le meilleur.

Puis poursuit ce cheminement dans les méandres du XVIIIe revu et corrigé au XIXe avec les Variations sur un thème rococo. A ce monument de bravoure, son regard de chambriste apporte une humilité nouvelle, recherchant la communion plus que la promotion. Un acte de liberté nourrit par une écoute omniprésente et une technique fluide, concise, aristocratique. Le soliste caractérise ainsi chaque tableau avec la complicité d’une direction prévoyante qui guide savamment l’accompagnement dans les passages ad libitum. Rarement un soliste aura su à la fois s’intégrer et se distinguer avec autant de doigté.

Autant que Ravel et Tchaïkovski, la Symphonie n°3 de Prokofiev fait l’effet d’un travail soigné. La rigueur des interventions, la densité sonore et sa lisibilité, l’équilibre des dynamiques…donnent à cette œuvre foisonnante, spectaculaire, une stabilité minérale. Les nuances extrêmes sont étonnement bien soutenues et le tempérament ne fait pas défaut. Malgré cet important travail sur le matériau, cette lecture ne pousse pas l’envoûtement jusqu’aux délices préfigurés par le programme : «énergie dévastatrice», «orageuse», «»hallucinée»… En fait, l’ ne semble pas convaincu. Moins par l’écriture, à laquelle il fait honneur, que par l’esprit acide de la satire. Mais, entre corps et âme, Prokofiev aura toutefois choisi, ce soir, le corps.

Crédit photographique : Antonio Meneses © Marco Borgraeve