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Heureusement vint Bruckner

Pour sa désormais traditionnelle visite parisienne l’, que l’on retrouvera dans cette même salle en mai avec Gergiev et en juin avec Ozawa, a choisi un programme typiquement viennois dirigé par leur Dienstälteste Dirigent (le doyen de leurs chefs). Car , né en 1936, fêtera dans à peine deux ans ses cinquante ans de collaboration commencée en 1961 avec les Philharmoniker viennois, marquée dès 1965 par leur premier enregistrement commun, justement la Symphonie n°9 de Bruckner, encore aujourd’hui un des meilleurs enregistrements de ce chef.

Mais c’est avec la dernière symphonie de Haydn que commença ce concert. Et il faut bien l’avouer, cette interprétation toute entière dominée par les cordes, certes quelles cordes !, fut quand même décevante car trop partielle et passant à côté de bien des merveilles de cette partition. Réserver les bois et les cuivres presque uniquement à l’accompagnement est déjà réducteur, mais escamoter à ce point les timbales est presque une faute, surtout quand on sait le rôle fondamental que joue cet instrument chez Haydn. On ne pouvait imaginer qu’une grande interprétation haydnienne puisse naître sur de telles bases, l’écoute de ce soir nous l’a une fois de plus confirmé. Pour le reste, si les tempi étaient plutôt bons dans l’ensemble, le Menuet fut quand même trop lent, surtout comparé à un excellent Trio à l’idéal tempo qui fit paraître encore plus plombée la reprise du Menuet. L’élégance des phrasés, si importante chez Haydn, ce soir correcte, a connu mieux (parfois) et bien pire (souvent) ailleurs. La couleur de l’orchestre fut parfois enthousiasmante, comme on pouvait s’en douter, mais se résuma trop souvent à «quelles somptueuses cordes !».

Autant l’avouer on espérait que l’équilibre des forces allait être restauré pour la Symphonie n°9 de Bruckner, et nous fumes vite rassurés dès l’introduction Feierlich, Misterioso où la puissance et surtout la beauté des cuivres nous emplirent de satisfaction. Et comme la conduite du discours dans ce difficile passage était de fort bon niveau, même si on peut faire encore plus Misterioso, nous nous sommes dit que nous allions peut-être assister à une grande interprétation de cette géniale symphonie. Ce qui fut presque le cas, mais pas tout à fait, même si cela restera pour nous, globalement, une fort belle exécution, avec de très beaux moments, et d’autres un peu moins réussis. Premier exemple avec les deux mouvements extrêmes dont la richesse thématique va de pair avec la difficulté de trouver pour chaque motif le tempo et le phrasé le plus naturel possible tout en respectant la cohérence du tout. Ce que a presque réussi, mais pas totalement, certains motifs nous ayant paru un peu trop décortiqués, mécaniques, plus assez fluides. L’autre reproche que nous ferons au chef ce soir, comme dans Haydn mais à un degré moindre, est l’usage uniquement de soutient des timbales, qui du coup ne furent jamais expressives. Quel dommage de se priver des possibilités de cet instrument si bien utilisé par Haydn, Beethoven et Bruckner. Et curieusement, de la même façon qu’il avait un peu raté son Menuet, Mehta n’a pas réussi à donner au terrible Scherzo toute sa force expressive, en grande partie à cause d’un tempo pas assez vif et d’une articulation de machine outils. Peut-être a t-il cherché à faire sentir le côté «rouleau compresseur» de ce mouvement, ce qui est parfaitement valide, mais très difficile à réussir, et ce soir pas totalement convainquant. Et comme avec Haydn, le Trio de ce second mouvement était une pure merveille, nous faisant passer en quelques minutes de l’extase à la frustration.

Certes, nous avions placé la barre très haut pour ce Bruckner, et il est vrai qu’il existe des versions plus denses, à la tension encore plus palpable, aux tempo et phrasés encore plus évidents et naturels. Mais s’il y avait des hauts et des «moins hauts» dans cette exécution, les premiers l’emportèrent finalement sur les seconds (hormis un Scherzo un peu à côté et ces timbales inexpressives), car quand même assez exceptionnels, avec un orchestre jouant cette difficile musique avec une facilité déconcertante et une qualité d’ensemble superlative difficilement approchable dans ce répertoire (on ne voit guerre que Berlin et Amsterdam pour rivaliser, et peut-être maintenant le Bayerischen Rundfunk de Jansons).

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