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Quoi de neuf ? Janáček

Pour mesurer ce qui distingue la réelle inspiration musicale du simple talent de compositeur, le disque de et est un test parfait : enserrée entre deux sonates bien faites de Mendelssohn et mais qui n’apportent rien à la gloire de leurs auteurs, la Sonate de brille de manière incandescente. Editée et créée en 1922 mais composée au printemps 1914 « alors que nous attendions l’arrivée des Russes » dira Janáček, la Sonate transpose dans la musique de chambre l’univers passionné et le langage haletant, si particulier, que le compositeur tchèque a développé dans ses opéras. La parenté avec ses œuvres lyriques est d’ailleurs soulignée par le thème du destin de Katya Kabanová, qui est repris dans l’Allegretto.

Les deux interprètes sont à la mesure de cette superbe partition, et la combinaison de leurs personnalités très différentes y produit un résultat passionnant. De , la description qu’Hubert Stœcklin avait faite de sa sonorité lors d’un concert à Prades à l’été 2008 se retrouve dans ce disque : « L’effet qu’elle produit est troublant. Elle semble toujours flotter au-dessus des autres instruments avec une grande douceur et une lumière paisible. Le son semble fragile et précieux et pourtant on le devine incapable de disparaître même sous une masse sonore importante car sa lumière le porte. Le paradoxe est celui d’une sorte de fragilité acceptée et faite force. » En contraste Ludmila Berlinskaïa est toute en fougue, en tension. Faisant corps avec le drame que Janáček a inscrit dans la musique, elle est la structure en acier sur laquelle le violon construit son chant. Les deux artistes se complètent de manière aussi riche que paradoxale : l’interprète féminine a l’énergie et le feu d’un homme, son partenaire masculin lui répond par une puissance qui n’est pas la force virile mais la flamme. On espère retrouver rapidement ce duo dans des œuvres de la même trempe.