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Tugan Sokhiev fait le printemps

Orchestre National du Capitole

Après un vent venu d’Espagne, l’air a apporté le printemps à Toulouse et ce concert nous l’a offert. Ce Sacre du Printemps nous avait été promis par en fin de saison 2007/08 ! Et le public a été gâté car non seulement il a bénéficié d’un Sacre du Printemps fulgurant mais en plus parfaitement inséré dans un concert exemplaire. Les trois œuvres de Stravinski proposées sont allées crescendo en nombre de musiciens comme en intensité. Les Symphonies d’instruments à vents n’est pas une œuvre facile d’accès. La lecture du chef privilégie la verticalité et la beauté des sonorités et des bois et cuivres associés. La suite d’orchestre de Pulcinella offre une grande diversité de style, sonorités et émotions. Dans ce parcours musical qui se veut à la fois baroque et classique, l’envie d’entendre diriger du Haydn devant une élégance supérieure et une tenue d’orchestre stricte et souple à la fois est venue à l’esprit de plus d’un. La belle émotion dans les échanges délicats entre les instruments dont le hautbois et le violon, la contrebasse et les cuivres, a évoqué quelque symphonie concertante. L’orchestration délicate, les rythmes complexes et l’harmonisation très originale par moments s’intègrent dans une allure générale classique avec beaucoup d’esprit. Au sein d’une structure limpide a dirigé ce ballet avec beaucoup d’aplomb. La délicatesse des cordes a rejoint la splendeur des instruments à vents dans un orchestre encore de taille modeste.

Du début pianissimo avec un son de basson hypnotique au final enthousiasmant tout le Sacre du printemps a transporté le public dans un monde prodigieux. La construction rigoureuse de chaque pièce s’est intégrée à un édifice d’une grande théâtralité. La force de ce printemps nous a semblée palpable. Les bourgeons ont craqué avec la violence des printemps russes, les insectes se sont agités sur la terre et dans les airs comme ivres, des cavalcades d’animaux endiablés ont suivi, enfin l’amour naissait partout. Couleurs, nuances, énergie ont dominé une interprétation d’une souplesse admirable associant les splendeurs d’une immense pièce de concert, à la théâtralité d’un grand ballet. La vigueur rythmique a su éviter toute violence inutile ce qui a renforcé la force expressive de la partition. Les nuances si extrêmes ont été très bien négociées sans aucune saturation (lire notre compte-rendu du Mandarin merveilleux de Bartók en juin dernier). L’empilement des plans sonores a permis une écoute de tous les instruments même dans les moments les plus complexes. Tous les instrumentistes ont brillé de leurs plus beaux feux, offrant une virtuosité hallucinante dans des recherches de couleurs et de nuances constantes. Tout le caractère sauvage russe de l’œuvre nous a été offert mais aussi toute la subtilité de son côté français. Tugan Sokhiev a su maîtriser tous les moments de ce ballet diabolique. Une telle maturation est sidérante. La puissance explosive de ce printemps annonçant la naissance de l’amour a enflammé la Halle aux grains qui a salué d’un tonnerre d’applaudissements un orchestre et un chef en leur sommet. Nous finirons en citant un certain diable «qui produit sur les nerfs l’effet d’une pile électrique» !

Crédit photographique : photo © Patrice Nin