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Genoveva par Nikolaus Harnoncourt

Le véritable protagoniste de cette version de Genoveva, seul opéra de Schumann, est l’orchestre, avec à sa tête l’exigeant et talentueux Nikolaus Harnoncourt, qui pense que cet opéra est «l’une des œuvres dramatiques les plus importantes de la seconde partie du XIXe siècle». Diantre, a-t-il oublié Wagner et Verdi ? Certes, il y a des éléments très intéressants chez Schumann, et il est légitime de réhabiliter cette partition, mais tout de même.

Reconnaissons cependant qu’avec Harnoncourt, l’orchestre sonne, faisant ressortir les nouveautés harmoniques et les couleurs sonores de cette riche partition. Le chef demande à ses instrumentistes le meilleur d’eux-mêmes, les obligeant à se surpasser. Ajoutons à cela un beau plateau de chanteurs, avec l’excellente et adorable Juliane Banse dans le rôle-titre, dont la palette de nuances et le sens du phrasé touchent incontestablement l’auditeur ; Martin Gantner s’investit pleinement, avec une très bonne diction, dans le rôle de Siegfried, l’époux de Geneviève ; Shawn Mathey incarne Golo, amoureux de Geneviève, dans une interprétation intéressante, avec un grand sens de la ligne mélodique, du legato, tandis que Cornelia Kallisch offre des graves solides mais des aigus plus contestables dans son appréhension de Margaretha, la servante qui use de sorcellerie. Physiquement, comme Juliane Banse, elle est très à l’aise dans son rôle. Alfred Muff, dans celui, plus secondaire, de Drago, se tient sans problème. Le chœur est également de bonne tenue. Mais qu’en est-il du spectacle en lui-même ? Et du romantisme schumannien ?

Rappelons que le livret de Genoveva de Schumann, inspiré du drame Leben und Tod der heiligen Genoveva, de Ludwig Tieck, et du poème dramatique éponyme de Friedrich Hebbel, est signé de la main du compositeur, en collaboration avec Robert Reinick. L’amour, la trahison, ou fausse trahison, et le pardon sont au cœur de l’intrigue. Dans la mise en scène de Martin Kusej, point de romantisme. Tout n’est que concepts, idées. Un mur d’une blancheur aveuglante, avec un évier surplombé d’un miroir sombre pour seul décor, décor conçu par Rolf Glittenberg. Des personnages qui semblent s’ignorer la plupart du temps, stéréotypés, incarnant plusieurs facettes d’une même personnalité. Certes, de bonnes idées, mais la réalisation n’est pas convaincante. L’ensemble reste trop statique, monotone, et… sans romantisme aucun, c’est le moins que l’on puisse dire ! La musique est là, heureusement. Mais ici, elle ne sauve pas le spectateur de l’ennui…

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