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Musa Latina, l’ivresse de l’antique

En une seule vibration, celle d’un gong, que va venir prolonger la fusion de la vièle et des violes de gambe dans Invocatio Musarum, ce CD nous fait pénétrer au cœur d’un monde antique, où de la marche exaltée au sacrifice à la mélancolie dévorante des amours impossibles, le rythme nous entraîne dans une danse enivrante hors du temps.

En quête d’une antiquité mythique, la Renaissance vit naître des expériences musicales voulant faire percevoir toutes les vertus que l’on prêtait à la musique, redonnant au chant le sens du mot à caractère d’invocation. Plus qu’elle n’élève, la musique vous emporte alors dans un mouvement hypnotique lié à la poésie, dont on perçoit à fleur de peau, même si l’on ne comprend pas le latin ou l’italien, la puissance et le sens.

Et toute la quête humaniste du XVIe siècle nous apparait ainsi dans ce CD construit telle une équation. Il serait trop long de résumer les théories sur lesquels s’appuient le programme que vous entendrez ici, mais le très bon livret d’Alpha vous y aidera.

Ainsi encadré par deux morceaux musicaux qui l’introduisent et la concluent, la première partie de ce CD vous entraînera dans ce monde antique du sacrifice constant aux dieux. Et que vous soyez un simple berger ou une reine (Didon, au charme trouble de l’alto ) ou un cerf… vous y poursuivrez sans cesse un mouvement qui semble vous conduire à un rituel pour des dieux marmoréens… La musique y est celle de percussions, d’une fusion charnelle de la vièle, des violes de gambe et des flûtes. Le feu qui nourrit les voix semble de glace, les polyphonies ne sont plus éthérées tant le mot y est perceptible par le phrasé si maîtrisés des interprètes. Et l’on se laisse entraîner au cœur de la flamme, celle qui conduit à l’acte héroïque des tragédies antiques ou à l’ivresse joyeuse des sacrifices d’Eleusis.

Progressivement les musiciens de Daedalus, sous la direction de Roberto Festa, jouent sur les textes et la musique pour nous entraîner vers la seconde partie de ce CD aux teintes plus mélancoliques des airs de Claude Lejeune. Le lirone au son perlé, la vièle et la flûte tendres s’y unissent. Ils nous y font découvrir ces paysages baroques en quête d’un monde sensuel, à la tendresse infinie de l’harmonie retrouvée de l’Astrée, reflet idéalisé d’un monde antique. La pastorale y devient la plainte de ces regrets d’amours, à la mélancolie érotique qui irradie les cœurs et les âmes (Mon cœur qui brusle ; Qu’est devenu), dans une folle passion de vivre et de mourir sur un rythme endiablé (Poscimur si quid vacui sub umbra). L’ivresse de l’antique se révèle ici sous ses multiples et fascinantes beautés que les musiciens et chanteurs sur un programme pourtant difficile nous offrent comme un don sacré.

La prise de son aux belles rondeurs, donnent aux instruments et aux voix des couleurs et un mœlleux somptueux.