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Elżbieta Sikora, Bande à part

La compositrice d’origine polonaise vit à Paris depuis 1981. Honorée de très nombreux prix (Concours de composition de Varsovie, Dresde, Mannheim, Bourges ; Prix «Nouveau Talent Musique» de la SACD en 1996 ; Double Prix de la SACEM en 1994…), elle a construit son art auprès des plus grands : Pierre Schaeffer et François Bayle pour l’électroacoustique, Betsy Jolas pour la composition. Son catalogue est déjà riche de plus de trente numéros. On y trouve des opéras (Ariadna – 1977, L’arrache-cœur – 1984/86…), des ballets (Blow up – 1980, La clef de verre – 1986…), ainsi que de la musique de chambre, des concertos…

Le CD paraissant chez Dux nous propose une rétrospective, sur près de trente ans, d’œuvres pour sons électroacoustiques et instruments divers. Les quatre partitions sont placées sous le signe du poète Zbigniew Herbert (1924-1998), dont un fragment de poésie est placé en exergue de chaque partition. Le rapport de la flûte ou du clavecin à la bande promet des rencontres fortes : le résultat, après une écoute minutieuse, est plus que convaincant… Il est étrange, surprenant et inattendu.

La Suite pour violoncelle et bande, composée en 1990, est l’œuvre la moins enthousiasmante. Suivant un découpage en cinq mouvements, elle apparaît, de l’aveu même de la compositrice, «comme une œuvre volontairement classique». La partie électroacoustique, tout particulièrement, semble un peu datée, nous ramenant aux bons vieux temps des expérimentations du GRM. Dans La tête d’Orphée, la flûtiste nous transporte dans un monde étrange, où les sinuosités de l’instrument se confrontent à un travail sur bande au caractère futuriste : interrompue de temps à autre par des frappes métalliques (enregistrées en 1982 dans l’usine Citroën désaffectée, quai de Javel à Paris) et d’autres fracas «industriels», une onde inquiétante porte cette séquence. Découpage traditionnel aussi dans la Suite II pour clavecin et bande, dont se tire fort bien la claveciniste Goska Isphording ; une œuvre cependant déconcertante par ses fureurs malgré une très intrigante «Valse», oppressante et déglinguée.

L’œuvre la plus récente, Reflets irisés, pour piano et sons électroacoustiques, est la plus réussie et porte magnifiquement son titre : le dialogue cristallin entre l’épatant pianiste et un montage électroacoustique fluide et rythmique, est sans doute la page qui nous parle le plus.

Un rétrospective très intéressante, qui amènera, souhaitons-le, les plus rétifs à ce type d’écriture, à réviser leur opinion.

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