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Sonates de Prokofiev par Vadim Tchijik et David Bismuth : « Stress test » réussi !

«Une œuvre aussi belle et aussi profonde n’est pas apparue dans la littérature pour violon depuis des années» s’enthousiasme David Oïstrakh lorsqu’il découvre la partition de la Sonate n°1 pour violon et piano de en 1946. Il en sera le dédicataire et le créateur dans la petite salle du conservatoire de Moscou le 23 octobre 1946 avec Lev Oborine au piano. Dans la foulée de la création, ils enregistrent ce chef-d’œuvre, grave, amer, rude et lyrique, représentatif de la musique de chambre «soviétique» à son meilleur, à la fois accessible et profondément expressive – on pense au Quatuor n°3 de Chostakovitch composé la même année. Soixante ans plus tard, le violoniste russe et le pianiste français ont relevé le gant avec brio, dans un programme – les deux Sonates op. 80 et 94 de Prokofiev, complétées par les Cinq mélodies op. 35 bis – que l’on retrouve à l’identique avec Oïstrakh et Oborine (coffret Russian Legends chez Brillant Classic).

Après un disque Stravinsky chez Exton stylistiquement impeccable mais d’une approche peu immédiate, trouve dans ces sonates de Prokofiev un terrain d’expression beaucoup plus large, à sa mesure, et est un partenaire inspiré. Au véritable «stress test» qui consiste à comparer sans égards le jeune duo – 31 ans chacun lors de l’enregistrement – à leurs maîtres historiques, il n’y a ni gagnant ni vaincu (ce n’est d’ailleurs pas l’esprit dans lequel travaille la rédaction de ResMusica), mais deux interprétations de grande tenue. L’ancienne est plus austère et intériorisée (Oïstrakh/Oborine), la récente légèrement plus brillante et fluide, ce qui est particulièrement approprié pour la Sonate n°2, car elle est plus légère de ton et davantage rythmique (l’allegro con brio final!). La prise de son, mate pour les prises soviétiques, légèrement réverbérée chez le duo franco-russe, correspond bien à chaque option interprétative. Pourquoi l’éditeur a-t-il attendu trois longues années pour publier ces très beaux enregistrements ? C’est long quand on a 31 ans !