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Penderecki par Penderecki au Festival de Musique sacrée de Nice

L’orchestre est là. La salle attend, fébrile, l’entrée de . Et c’est Marco Guidarini qui fend l’orchestre pour venir en personne accueillir et présenter le maestro polonais. Avec émotion et admiration, le maître italien a souhaité souligner l’à propos de la présence de l’ami du pape Jean-Paul II dans le cadre du festival de musique sacrée de Nice. Au programme un double Te Deum. Composés à près d’un siècle d’intervalle et dans des contextes privés et politico-religieux différents, ces deux Te deum sont chacun l’expression intime et personnelle la plus vive de la même foi de deux hommes différents. Bruckner et Penderecki côte à côte dans une musique à la fois si différente et pourtant si proche. Saisissant moment où deux mondes se mettent en abysse pour dire leur foi la plus spirituelle et la plus incarnée. Après la déception d’Aida, desservie par la technique, c’est avec soulagement que l’on retrouve le Philharmonique de Nice au mieux de sa forme, en espérant que les remaniements de l’orchestre prévus à la rentrée prochaine ne feront pas de cet ultime concert un chant du cygne. Ouvrant la soirée, Bruckner fut toutefois desservi par un mauvais équilibrage sonore. L’auditorium du conservatoire n’est pas, de fait, l’endroit le plus adapté pour ce type de formation si complète. Déséquilibre acoustique d’autant plus notable que les pupitres entre eux étaient parfaitement équilibrés, y compris entre l’orchestre et le chœur. Les solistes ne furent pas en reste et furent parfaitement mis au diapason trouvant leur juste place, à la fois intégrés à l’ensemble et mis en valeur dans leur individualité comme dans leurs duos, trios ou quatuors. La rondeur et la chaleur de leurs voix compensèrent admirablement les légers désagréments de saturation sonore. Francesco Ellero d’Artegna brilla notamment par l’extrême stabilité de ses graves. On pourrait regretter néanmoins une certaine sécheresse un peu brutale dans le final de l’Allegro. Le Te ergo quaesumus, au-delà de la saturation, pâtit toutefois d’un léger retard de la flûte sur la basse. Que dire de la discrète note d’alto glissée au départ du ténor ?

L’Aeterna fac mit magnifiquement en relief sur le tutti la grande montée en tension des chœurs. Enfin si le miserere arriva un peu essoufflé, l’excellente respiration de l’orchestre rééquilibra parfaitement l’intention dramatique. En revanche la première entrée des cuivres sur le Te Deum parut trop ‘fanfare’, accentuant l’effet de saturation sonore. Rien de tout cela sur la fin où la fanfare fut absolument intégrée pour un magnifique finale enlevé puissant et émouvant.

Radical changement d’univers pour le second Te Deum. Le maestro tient son œuvre dans ses doigts. Tout y est exprimé, vécu, tel un organiste qui impulserait lui-même par le simple contact avec le clavier toute la dynamique du jeu. Curieusement, cette fois-ci l’espace sonore est parfaitement assumé et aucune saturation ne viendra perturber l’exécution d’une grande qualité pour une œuvre complexe aux couleurs peu habituelles. Quoique d’une facture bien plus complexe, ne serait-ce que du point de vue de la stabilité, les musiciens semblent plus à l’aise. Soulignons l’extrême beauté du duo des deux solistes femmes sur le Sanctus et la belle prouesse du chœur sur les dissonances, la grande unité de jeu pour une partition qui pourrait vite s’étioler si elle était mal comprise, et enfin le sublime Miserere à lui seul reflet d’une époque spirituelle.

Grand et ultime moment d’une saison niçoise qui est allée crescendo dans sa partie symphonique. Grand et intense moment d’émotion musicale et humaine avec les nombreux rappels pour saluer celui que Marco Guidarini avait présenté comme un des plus grands hommes de ce siècle.

Crédit photographique : © Donal Lee