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Entre les mains et l’âme de Jean-Guihen Queyras

Ce nouvel album centré sur la personnalité du violoncelliste est essentiel à plus d’un titre parce qu’il fonde le répertoire pour violoncelle du XXIe en réunissant trois concertos d’envergure et qu’il consacre – pour Mantovani et Schoeller du moins – cette affinité élective entre le geste compositionnel et celui d’un interprète, les deux partitions étant «écrite pour» et «dédiée à» cet immense musicien qu’est .

Créés la même année (2005), ces deux concertos défiant le genre traditionnel n’en révèlent pas moins des univers radicalement différents. C’est presque un violoncelle «à contre-emploi», totalement étranger à la sphère expressive et lyrique où il peut se complaire, que conçoit dans sa pièce en un seul mouvement. Au centre d’un appareil orchestral haut en couleurs dont les impacts explosifs violentent l’espace, l’écriture très cursive du violoncelle, souvent réverbérée par les instruments de l’orchestre, semble gérer à lui seul les tensions énergétiques qui libèrent parfois des déferlements sonores très spectaculaires. A l’intensité et la précision du jeu, ajoute cette fragilité du son, la chaire nue de l’émotion, dans une coda sublime.

Comme c’est souvent le cas chez , il y a, au départ de son concerto Les yeux du vent, l’imprégnation poétique d’un texte, anonyme celui-là, puisqu’il s’agit d’un papyrus égyptien du roi Shabaka (vers 710 av. J. C. ). Sollicitant les ressources d’un très grand orchestre (avec piano et célesta), l’œuvre est conçue en quatre mouvements enchaînés jouant sur l’élasticité du temps et la magie orchestrale qui opère ici. Des textures luxuriantes et raffinées émergent les figures du violoncelle tour à tour envoûtant, félin et agile. Jean-Guihen Queyras tire de son archet subtil des couleurs chaudes et en constante métamorphose à l’image du monde mouvant et onirique qu’il traverse.

Dédié au compositeur japonais , le concerto de sera lui aussi crée par Jean-Guihen Queyras en décembre 2000. S’il fait éclater la forme traditionnelle en concevant ici sept mouvements enchaînés, maintient le violoncelle, exploité dans toutes ses capacités sonores et émotionnelles, dans sa position affirmée et centrale de soliste virtuose face à un orchestre dominé par l’éclat de la percussion. Magicien du son dans les deux cadences ménagées par le compositeur, Jean-Guihen Queyras impressionne par l’efficacité rythmique de son jeu et sa pugnacité à mener cette trajectoire ascensionnelle jusqu’à la bacchanale finale.

Optimal à plus d’un titre, l’enregistrement laisse transparaître la différence infime entre une captation live (Mantovani et Amy) et en studio (Schœller).