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Yuja Wang, premiers pas

Dans une époque qui raffole de jeunes prodiges, arrive à point nommé. Cette pianiste, dont on se souviendra peut être qu’elle avait remplacé au pied levé Murray Perahia, signe ici son premier enregistrement consacré à la grande littérature pianistique. Jugez plutôt : trois sonates de Chopin, Scriabine et Liszt (pas des moindres donc), entrecoupées d’entremets signés Ligeti ! La demoiselle veut nous épater…

La Sonate de Chopin, qui comme celle en si bémol mineur nous convainc du génie de l’auteur autant que de son incapacité à illustrer convenablement le genre, est réussie ; c’est une musique qui peste, se morfond, s’enfle et se désole – l’inénarrable « Marche funèbre » – au gré d’un rubato élégant et bien dosé. On retrouve ces qualités dans la Sonate-fantaisie de Scriabine, d’un propos éminemment romantique bien que déjà tourné vers une forme d’impressionnisme. Ces œuvres, en plus des deux études de Ligeti, attestent des qualités du jeu de , à savoir une technique impeccable alliée à une grande finesse d’expression. Néanmoins, la Sonate de Liszt s’avère être un véritable parcours du combattant, qui trahit la juvénilité de son talent.

Globalement réussie, l’interprétation souffre trop souvent d’une conduite maladroite des phrases, menées un peu à la manière d’un ressort grippé, qui grince pesamment avant de se débander de façon précipitée autant que chaotique. On aurait aimé un peu plus de fluidité, de naturel… Déjà marquée par une emphase toute romantique, cette œuvre nécessite une forme de simplicité pour ne pas tomber dans le cliché, voire le kitsch. « Artistiquement, je voulais faire une déclaration », nous confie Yuja Wang à propos de cet enregistrement. C’est noté, mais un début plus que prometteur ne doit pas masquer le chemin qui reste à parcourir !