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Anthony Collins, interprète idéal de Sibelius

Aux mélomanes cinéphiles d’un certain âge, le nom du musicien britannique (1893-1963) évoque très certainement une double carrière : celle d’un compositeur de musique de films arrivé à Los Angeles en 1939 où il officiera durant six années, et surtout celle d’un excellent chef d’orchestre auquel Victor Olof, directeur artistique de Decca à l’aube du microsillon, confia plutôt audacieusement, en 1950, le privilège de graver, en plus de pages de compositeurs anglais, les sept symphonies de  : Collins fut ainsi un pionnier en ce sens qu’il fut le premier d’une longue série de chefs anglo-saxons à enregistrer le cycle intégral des symphonies du compositeur finlandais, et le deuxième chef à le faire, le tout premier étant le regretté Sixten Ehrling à la direction de l’Orchestre Symphonique de la Radio de Stockholm (Warner – Finlandia 3984-22713-2).

Le choix d’ par Victor Olof, qui rendit sceptique initialement une certaine intelligentsia musicale, se révéla en fin de compte un coup de génie lorsque fut mené à bien l’ensemble des gravures sibeliennes, qui comprenait d’ailleurs quelques pages autres que les symphonies. Au fil du temps, on se rend compte que non seulement cet ensemble peut toujours rivaliser avec les interprétations ultérieures d’autres chefs, mais surtout il constitue une référence incontournable à laquelle tout autre version sera immanquablement comparée.

Le label britannique Beulah eut, il y a quelque temps déjà, l’excellente initiative de rééditer en CD les bandes originales Decca de ces gravures légendaires qui sonnent toujours merveilleusement, vu qu’elles furent accomplies par l’incomparable ingénieur du son Kenneth E. Wilkinson (Beulah 14PD8).

Lorsque Victor Olof quitta Decca pour EMI, il n’oublia pas son vieil ami Anthony Collins et lui fit graver d’autres pages de Sibelius en septembre et décembre 1957 chez ce label : ce sont ces enregistrements qui constituent l’essentiel du disque sous rubrique. Et une fois de plus, la magie opère : les musiciens du , sous la baguette inspirée de Collins, livrent une prestation musicale vraiment exceptionnelle, constamment vivante, constamment passionnante, d’un naturel confondant et d’une évidence telle que l’on imagine difficilement tout autre vision.

Il convient notamment de mentionner, dans Le Cygne de Tuonela, l’admirable cor anglais Leonard Brain (1915-1975), le frère aîné de l’illustre corniste Dennis Brain, tandis que Finlandia et la Suite Karelia, pages si souvent galvaudées, nous sont restituées dans toute leur ampleur majestueuse et leur dignité ; par ailleurs, En Saga reçoit vraiment une interprétation exhaustive.

En réalisant ce CD (qui en fait est un CD-R comme beaucoup de petits labels anglais – notamment Lyrita ou Nimbus – tendent de plus en plus à en produire), Beulah clôture l’intégralité de ce qu’Anthony Collins a enregistré de Sibelius ; non content de cela, ce label offre en bonus une superbe interprétation de Tapiola par le légendaire Eduard van Beinum (1901-1959) et son Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam, qui parut également aux débuts du microsillon chez Decca, en décembre 1952. La boucle est ainsi bouclée, le tout, comme toujours chez Beulah, en des transferts immaculés.

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