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L’art de bien défendre une œuvre mal-aimée

Avec ce disque, le discophage boucle son intégrale des symphonies de Tchaïkovski à la tête de l’orchestre de Göteborg. Nous avions déjà rendu compte du précédent volume qui valait pour la performance de l’orchestre. Cette conclusion s’avère encore plus intéressante.

Composée rapidement, en 1875, la symphonie n°3, reste la moins aimée des symphonies de Tchaïkovski. Sa forme en cinq mouvements tire plus vers la suite que la symphonie et elle reste difficile à appréhender dans sa totalité. Le chef se retrouve donc face à un sacré défi : donner un sens global aux cinq mouvements de la pièce et garder les caractéristiques des différentes séquences qui alternent des valses dont une polonaise qui ouvre le dernier mouvement donnant ainsi le surnom à la pièce. , en chef expérimenté et connaisseur des musiques russes, offre une lecture attentive et caractérisée qui parvient à garder le contrôle musical et à mettre en avant les spécificités de cette partition de transition avant les grandes œuvres de la maturité. L’orchestre répond avec générosité aux différentes sollicitations avec des bois qui s’avèrent à la hauteur des délicats dialogues de l’harmonie. Si l’on fait abstraction des grandes références du passé : Dorati (Mercury) et Svetlanov (Melodiya), cette version s’impose sans peine comme une belle moderne.

Ne dérogeant pas à la règle de cette intégrale, Neeme Järvi propose des compléments symphoniques plus ou moins rares. Les extraits d’Eugène Onéguine sont des incontournables des compilations mais les extraits de Voïévode, premier projet d’opéra de l’auteur, et les deux courtes pièces tirées de la musique de scène de Dimitri le prétendant et Vassili Chouïski sont des raretés. Dans ces pièces, le geste de Järvi se fait juste : précis et dansant, le musicien évite les dangers du lourd et du clinquant. Svetlanov (Melodiya) reste pourtant la grande référence son engagement buriné et granitique.

Ce disque s’avère donc une belle conclusion pour un cycle passé inaperçu du public et des critiques. On espère qu’une mise en coffret future lui offre une place méritée dans la discographie aux côtés des grandes versions de Dorati (Mercury), Svetlanov (Melodiya), Markevitch (Philips), Maazel (Decca).

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