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Inva Mula, fascinante mais ternie par le chef

C’est à un moment crucial de sa carrière que sort son premier récital lyrique. Laissant derrière elle le répertoire colorature, elle s’apprête à aborder des emplois plus lourds. Ainsi, après sa Mireille parisienne, sa première Amelia (Simon Boccanegra) l’attend à Madrid en juillet prochain. Cet album, enregistré au printemps dernier à Zagreb, la montre donc un peu à mi-chemin : par le répertoire d’abord (plus de Lucia ni de Gilda, mais toujours Violetta, un beau bouquet puccinien, puis du Gounod et du Massenet), mais aussi vocalement. Si la voix s’est considérablement étoffée et si le médium s’est épanoui, les vocalises manquent désormais un peu de facilité et l’aigu forte accuse quelques duretés. Et pourquoi diable ose-t-elle le contre-mi bémol de La Traviata, plus esquissé que chanté ?

Clôture décevante d’un récital qui, par ailleurs, présente beaucoup d’atouts : est, sans doute, une chanteuse fascinante. La couleur juvénile du timbre, la beauté de ses pianissimi, sa sensibilité stylistique et la qualité de sa diction – en italien comme en français – font d’elle une possible héritière de la grande Mirella Freni. Fragile et touchante lorsqu’elle chante Mimi ou l’»Addio del passato» de Violetta, bouleversante Manon dans les adieux à la petite table et coquette Marguerite dans l’Air des bijoux, elle convainc également dans les grands élans de Mireille dans l’Air de la Crau.

Si ce CD laisse, malgré tout, une impression mitigée c’est dû à la prestation terne de l’Orchestre Philharmonique de Zagreb sous la baguette bien lourde de Ivo Lipanoviç. Quoi que fasse la chanteuse pour donner vie aux personnages qu’elle interprète, le chef ne sort jamais de sa léthargie. Massenet sonne comme Verdi et Gounod comme Puccini. Dommage, vraiment dommage …

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