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Simple question d’équilibre

Auditorium du Louvre

Au menu de l’Auditorium du Louvre, trois jeunes et brillants musiciens en une formation plutôt rare, le trio pour cor, violon et piano. En guise de hors-d’œuvre, David Guerrier et Jean-Frédéric Neuburger donnaient l’Adagio et allegro de Schumann, une pièce destinée au cor, mais qu’on entend le plus souvent au violoncelle. Sarah Nemtanu, dont on connaît la présence rayonnante au premier rang des violons de l’Orchestre National, et Jean-Frédéric Neuburger abordaient ensuite la Sonate pour violon n°1 de Schumann avec enthousiasme et simplicité : le dialogue était vif, mais pas conflictuel, le jeu du pianiste riche, mais pas vrombissant, et le discours fantasque sans paraître morcelé. On pardonnait alors volontiers un léger manque d’appui et de précision dans le dernier mouvement.

Le rapprochement des Trios de Ligeti (1982) et de Brahms (1865) tenait ses promesses. Dans le premier, le piano percutant et le cor impérieux faisaient paraître le violon un peu frêle, ce qui réduisait l’éventail sonore de l’œuvre. Les éclaboussures de l’Alla marcia conduisaient à l’inexorable Lamento, qui s’exténuait sur un motif déprimant de passacaille. En définitive, une interprétation en blanc et noir, moins poétique que puissante, surtout dans un Vivacissimo molto ritmico haletant.

Dans Brahms, l’emploi d’un cor naturel ne constituait pas seulement un effrayant défi, superbement relevé par David Guerrier, il révélait aussi ce qui avait manqué à l’Adagio et allegro de Schumann pour paraître autre chose qu’une pièce de concours : la sonorité changeante du cor naturel, d’une émouvante fragilité, qui ajoutait du mystère aux passages mélancoliques, et donnait un éclat printanier aux mouvements enlevés. L’œuvre y gagnait un caractère qu’elle ne trouve pas forcément dans une interprétation « confortable ». Mieux encore, l’équilibre sonore, si souvent problématique dans ce trio, était toujours satisfaisant, et l’on avait l’impression de retrouver enfin la savoureuse originalité de la combinaison qui avait séduit Brahms. La réussite tenait évidemment aussi à l’engagement des trois instrumentistes, notamment dans l’Adagio dont les teintes blafardes renvoyaient directement à Ligeti, justifiant ainsi l’inversion chronologique du programme.

Crédit photographique : David Guerrier © Radio-France / Christophe Abramovitz

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