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Fin de l’intégrale d’orgue Buxtehude décoiffante de Koopman

Comme déjà signalé dans ces colonnes, a entrepris depuis quelque temps d’enregistrer tout ce que a composé. C’est un énorme travail qui prendra des années avec à terme quelques quarante Cds. Pour l’heure, voici dans cet «opera omnia» le volume 10 de la série qui représente le volume 5 (2CDs) pour l’orgue seul. Il a choisi une nouvelle fois un orgue historique significatif de la période, qui se trouve à Stade, Allemagne du nord, non pas dans l’église St Cosmae, où se trouve un instrument célèbre de Arp Schnitger, mais dans un autre église, à St Wilhadi, qui renferme elle aussi un orgue assez exceptionnel. Il est célèbre car on le voit dans le film «la chronique A. M. Bach», où Gustav Leonardt joue le rôle de Bach : Grande tribune, sans positif de dos où peut s’installer l’orchestre et le chœur pour la cantate, endroit idéal pour le cinéma. Cet orgue remonte à 1736 et fut alors construit à neuf après la perte du précédent par Erasmus Bielfelt. Il garde depuis ses grandes qualités d’orgue baroque sans compromis, confortées par la restauration exemplaire de Jürgen Ahrend en 1990. Comme pour les volumes précédents opte pour une interprétation enflammée, mettant au premier plan les caractéristiques du «stylus phantasticus», donnant souvent l’impression d’une musique improvisée en permanence. Il a largement étudié les textes anciens dont les préfaces des livres de Girolamo Frescobaldi. Il ne démarre pas lentement les préludes pour arriver peu à peu à un tempo choisi, comme le ferait une locomotive à vapeur démarrant de la gare, mais plutôt d’emblée à plein régime, au tempo maximum, comme si la musique avait déjà commencée avant la première note, dans un élan irrésistible. Chaque section au sein d’une même œuvre garde ses propres tempi, sans rapport les uns aux autres, c’est le «credo» de Koopman. Les registrations sont vives, et en relief, grâce à deux plans sonores bien distincts, où les effets d’échos sont nombreux. La prise de son, très analytique, renforce cet effet. C’est sans doute la version la plus «folle» de la discographie, mais Koopman défend bien ses idées, et le résultat est stupéfiant.

Comme il restait de la place sur le deuxième disque, Ton Koopman nous propose un complément de programme quasi indispensable : l’œuvre du contemporain de Buxtehude : Nikolaus Bruhns.

Organiste à Husum, violoniste et organiste, Nikolaus Bruhns écrit une courte œuvre pour orgue (4 pièces seulement) sans doute à cause de sa mort prématurée à l’âge de 32 ans. Cet œuvre s’imbrique intimement avec celle de Buxtehude, certains fragments ayant même été intervertis avec celle de ce dernier, dans cet embrouille incroyable des sources toutes écrites dans les anciennes tablatures : Jacques Pichard, compositeur et organiste, propose des pistes pour s’y retrouver, dans un ouvrage sur Buxtehude, à paraître très prochainement. C’est dire combien ces musiques sont proches l’une de l’autre. On s’arrêtera en particulier sur l’immense et sublime choral fantaisie sur le choral de l’Avent «Viens maintenant sauveur de païens», l’un des plus beaux jamais composé.

Nous sommes emportés par une vague qui reverse tout sur son passage, Koopman joue à fond la carte des «méridionaux du nord», pour notre plus grand plaisir.