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Récital d’Inva Mula

Rencontres musicales de Puteaux

Afin d’affirmer la volonté de faire de ce festival un lieu emblématique de l’art lyrique, et en grande partie pour honorer la mémoire de , c’est à June Anderson qu’aurait dû revenir l’honneur d’ouvrir cette nouvelle édition des Rencontres Musicales de Puteaux. C’est en effet dans cette ville que le compositeur italien passa les derniers jours de sa vie, où il devait d’ailleurs achever la partition de ses Puritani, un des grands succès de la diva américaine. Cette dernière ayant dû se faire porter pâle, c’est la belle qui fut chargée d’honorer la musique de Bellini. Il n’est pas sûr cependant que l’esthétique et la technique bel cantistes conviennent tant que cela à la soprano albanienne. Si cette chanteuse excelle de toute évidence dans le répertoire puccinien, comme l’ont prouvé par exemple ses récentes apparitions dans La Bohème à la Bastille, les longues phrases legato la mettent parfois en difficulté. C’est en tout cas ce qu’ont montré les charmantes mélodies du compositeur, données en début de programme. Parmi les airs d’opéra interprétés au cours de la soirée, c’est sans doute le «Oh, quante volte» de Giulietta qui a fait la plus grande impression, les vocalises de «Casta diva» manquant elles aussi de souplesse, pour ne rien dire des aigus tirés du «Vien diletto» d’Elvira, parfois à la limite de la justesse. Les airs choisis par la cantatrice auront néanmoins confirmé sa maîtrise absolue des pianissimi filés, sans doute parmi les plus beaux qu’il soit donné à entendre de nos jours.

La deuxième partie du programme, moins contrainte, a révélé au public une beaucoup plus à l’aise, dans un répertoire que de toute évidence elle affectionne particulièrement. Les trois mélodies albanaises lui vont comme un gant, et on les croirait écrites pour sa voix. Il en est de même des morceaux espagnols d’Obradors, qui eux aussi mettent en valeur les sublimes pianissimi argentés de la diva. En revanche, si l’énergie déployée pour les «Filles de Cadix» convient parfaitement pour une fin de programme, le plaisir était quelque peu gâché par un français pour le moins exotique, chose étonnante pour une chanteuse qui a autant défendu le répertoire français au long de sa carrière : Micaëla, Marguerite, Manon, Antonia, Thaïs, Rozenn, et tout récemment Mireille à la Bastille… Les trois bis donnés en fin de programme, dont un délicieux «O mio babbino caro», ont confirmé qu’ était une des deux trois meilleures sopranos lyriques de sa génération. La cantatrice n’aura en revanche pas prouvé au cours de ce concert qu’elle était une bel cantiste d’exception, même si on lui doit d’avoir sauvé la soirée à la dernière minute. Au piano, , visiblement aux petits soins pour sa chanteuse, était tout simplement exceptionnel.

Crédit photographique : Inva Mula © Emi Classics ; Récital © Hervé Cafournet