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Les folies de Natalie Dessay

fait partie de ces gens qui pourraient captiver un public en lisant le Bottin du téléphone. Plus encore si elle le chantait. fascine.

Dans cet album commercial, elle fait revivre quelques instants de sa déjà légendaire carrière. Une carrière en deux parties. Celle de la découverte stupéfiante d’une soprano aux aigus uniques. Celle qui a fait délirer le public avant que la découverte de polypes nécessite une opération délicate qui a fait craindre que cette voix n’allait être plus qu’un souvenir. Et la carrière d’après cette opération. La d’avant l’opération serait-elle meilleure que l’autre ? Pour qui, comme votre serviteur, est resté stupéfait ce jour de septembre 1996, lorsqu’elle a mis Genève à ses pieds avec son incroyable interprétation d’Ophélie dans Hamlet d’, ses apparitions comme ses enregistrements du moment faisaient penser à un impossible miracle vocal. Lorsqu’en 2003, la soprano stratosphérique a été contrainte un long repos, d’aucuns prédisaient que Natalie ne chanterait plus. La médecine, une convalescence extrêmement sérieuse, une reprise en douceur et en intelligence ont eu raison des craintes de ses admirateurs. En 2004, Natalie Dessay était de retour sur les scènes lyriques. Avec une voix toute nouvelle. Disparus les aigus miraculeux qu’on lui connaissait. A leur place, la voix s’est affermie, elle a acquit une maturité dramatique. Une maturité qui a permis à la soprano française d’aborder des rôles jusqu’alors étrangers à sa voix. L’extraordinaire Ophélie s’est effacée devant une théâtrale Manon. La légère Dinorah devant la dramatique Traviata.

Cet album permet d’entendre les deux Natalie au mieux de son expressivité théâtrale. Intéressant d’avoir réuni les deux versions d’un même air du célèbre Lucia di Lammermoor de Donizetti. La version française enregistrée à l’occasion des représentations de l’Opéra de Lyon en 2002 fait découvrir une Natalie Dessay au bord de la rupture. Pour avoir assisté à l’une de ces soirées mémorables, votre serviteur se souvient de l’ahurissante performance de la soprano. Sentant qu’elle risquait son chant à tout jamais, elle a donné pendant ces soirées tout ce que son corps pouvait offrir. Elle a chanté comme si ce devait être la dernière fois qu’elle foulerait les planches. Une version combien plus dramatique que celle clôturant l’album où, la soprano distille son magnifique chant retrouvé dans un style parfait mais où le drame n’a plus l’intensité que la version « lyonnaise » offrait.

Cette compilation la montre encore dans un fabuleux « Glitter and be gay » tiré de Candide de où son délirant final déchaîne les bravos explosifs du public. Encore un moment de rêve comme seule Natalie Dessay sait offrir. Un monument discographique.

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